Portugal : le nouveau foyer de résistance à l’austérité

 

Un nouveau foyer de résistance à l’austérité est apparu cet automne en Europe. Après les Grecs, ce sont maintenant les Portugais qui décident de tourner le dos à l’austérité.

 

 

Depuis 2010, le Portugal fait beaucoup moins la « une » des journaux que la Grèce. Pourtant sa situation y est tout à fait comparable : emporté début 2010 par la crise de la zone euro, le Portugal a vu débarquer les fonctionnaires de la Troïka, qui ont imposé les mêmes politiques d’austérité, avec des résultats désastreux pour la population et l’économie. Et après 5 ans de cette expérience, les Portugais ont, comme les Grecs en janvier, voté pour le changement. 

 

Le 4 octobre dernier, en effet, ils ont porté au pouvoir une coalition de gauche. Le parti socialiste (PS–centre-gauche) est seul à constituer le gouvernement, avec comme Premier ministre Antonio Costa. Comme le PS ne dispose pas de la majorité absolue, il ne peut mener sa politique qu’en s’appuyant sur une majorité parlementaire comprenant trois partis de la « gauche de la gauche », le Parti communiste, le Bloc de gauche et les écologistes.

 

Compromis de gauches

  Cette alliance entre PS et gauche radicale est une première dans la vie politique du pays. Jusqu’à présent le PS avait toujours exclu de « se compromettre » avec la gauche radicale. Début novembre, les quatre partis de la majorité parlementaire ont donc adopté un programme qui réalise un équilibre entre la vision sociale-démocrate du PS et celle plus radicale des autres partis. D’un côté, ce programme est davantage « anti-austérité » que ce que proposait le programme du PS. Il prévoit l’augmentation des salaires dans le secteur public et privé, l’augmentation du salaire minimum, la restauration de la négociation collective, la fin du gel des pensions de retraite... Il instaure une meilleure justice fiscale et met les entreprises et les riches à contribution : abandon des réductions de cotisations sociales patronales, augmentation de la progressivité de l’impôt, limitation des avantages fiscaux des entreprises et des revenus financiers. Il stoppe les privatisations d’entreprises publiques et freine les expulsions de leur domicile des personnes qui ne peuvent plus rembourser leur crédit. De l’autre côté, certaines demandes de la gauche radicale, comme l’abandon de l’euro, du traité budgétaire européen et du TTIP, ne figurent pas dans l’accord.

 

Espoirs à suivre

La véritable question est de savoir si le gouvernement Costa pourra réussir là où le gouvernement Tsipras a échoué. Comme Tsipras initialement, Antonio Costa promet des avancées sociales, mais celles-ci paraissent impossibles sans un desserrement du carcan budgétaire européen et une restructuration de la dette. Or, l’Allemagne, soutenue par plusieurs pays, s’oppose catégoriquement à tout assouplissement budgétaire.

 

D’un point de vue politique, il faudra aussi vérifier la solidité du gouvernement Costa. Celui-ci est formé du seul PS, soutenu de l’extérieur par trois partis sensiblement plus à gauche et qui n’ont jamais travaillé avec le PS. Lorsque l’Europe mettra la pression, ou lorsqu’il s’agira par exemple de voter le TTIP, il ne sera certainement pas simple de maintenir la cohésion. Ceci étant dit, le changement de gouvernement au Portugal constitue un énorme espoir après les événements de cet été. En écrasant la Grèce, les dirigeants européens pensaient éteindre la contestation dans les autres pays européens. Les Portugais n’ont pas cédé à ce chantage.

 

 

Etienne Lebeau

Personalization

Votre navigateur web n'est pas supporté par le site de la CSC. Cliquez-ici pour installer une version plus récente.