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La future sécurité sociale wallonne avec moins de syndicats ?

 

La Sixième réforme de l’Etat transfère environ 15% de notre sécurité sociale à la Wallonie. Ces politiques sociales « made in Wallonie » seront gérées par la nouvelle Agence pour une vie de qualité (AVIQ). Les syndicats y ont trop peu de poids face au politique et aux employeurs.

L’AVIQ met en œuvre les politiques sociales transférées à la Région wallonne. Elle prend donc le relais d’instances fédérales pour ce qui concerne des politiques qui vous touchent au quotidien. Pensons, par exemple, au payement des allocations familiales ou encore au subventionnement et au remboursement de certains services aux aînés. Ces politiques transférées depuis la sécurité sociale fédérale s’ajoutent à des politiques sociales qu’exerçait déjà la Wallonie (dans le secteur du handicap, par exemple). Si bien que, au total, l’AVIQ gère pas moins d’un quart du budget wallon !

 

Les syndicats noyés dans la masse

Les politiques qui relèvent de la sécurité sociale fédérale, comme les allocations familiales, sont financées par vos cotisations de travailleuses et travailleurs. Puisqu’ils représentent vos intérêts, les syndicats ont donc toujours occupé une place importante dans les organes qui les géraient. Nous avions demandé à peser un poids qui nous revient légitimement dans les organes de l’Agence wallonne, mais à cet égard, nous avons été (trop) partiellement entendus.

 

En effet, nous ne sommes pas absents des principaux organes de l’Agence, mais nous serons noyés parmi une kyrielle d’autres acteurs (mutuelles, représentants des hôpitaux et médecins, experts, etc.). Par ailleurs, nous ne serons pas représentés dans certaines instances plus techniques (les commissions, par exemple). Or, certaines des décisions qui y sont prises influencent les conditions de travail, mais aussi le contenu et la qualité des services rendus aux cotisants (vous).

 

… au profit du politique et des commerciaux

Si les syndicats ont perdu du poids, qui en a pris ? En premier lieu, le politique, qui pèse désormais plus dans l’AVIQ que dans les instances fédérales : parce qu’il est davantage présent dans les organes de gestion et parce que certaines décisions (l’agrément des services, par exemple) relèvent directement du ministre. Nous n’aurons tout simplement pas voix au chapitre sur ces décisions. Malgré leurs impacts sur l’emploi et les services rendus par les secteurs… « Et alors ? », nous direz-vous. Eh bien, cela entraîne de réels risques, à la fois pour le personnel et les bénéficiaires de ces services.

 

En effet, depuis quelques années, les services commerciaux privés envahissent de plus en plus certains secteurs concernés par l’Agence, comme celui des maisons de repos, par exemple. Le résultat se constate tous les jours sur le terrain : les conditions de travail et la qualité des services se détériorent, au profit des actionnaires.1 On peut donc craindre que l’Agence soit dominée par une logique commerciale, compte tenu du poids des représentants des prestataires et des employeurs commerciaux privés dans les organes de l’AVIQ. Cette domination de la logique commerciale sera renforcée par la (quasi-)absence des syndicats et risque de mettre à mal nos revendications en matière d’accès et de qualité des services ainsi que d’emploi et de bien-être des travailleurs.

 

Une occasion manquée  

Certes, les syndicats ne sont pas totalement absents, mais nous n’y aurons pas le poids et la capacité d’influence auxquels nous avons légitimement le droit. La création de l’AVIQ se traduit ainsi par une belle occasion manquée en matière de concertation sociale. Ceci étant dit, comme toujours, nous nous investirons à 100% dans les mandats qui nous ont été accordés, afin d’en tirer le meilleur pour vous. Et si cette concertation ne suffit pas, nous utiliserons tous nos autres moyens d’action collective pour défendre au mieux vos intérêts.

Et à Bruxelles ?

Chaque Région gère à sa manière les compétences sociales qui ont été régionalisées. A Bruxelles, le gouvernement avance plus lentement qu’en Wallonie. Il se dirigerait vers un organe qui aurait peu ou prou la même forme que l’AVIQ. Mais, rien n’est certain à ce stade… Nous vous tiendrons bien sûr informés.


Michaël Maira

1 Lire l’article « Les maisons de repos, la poule aux vieux d’or ? » , paru dans le Droit de l’Employé d’avril 2015.

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