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Investir dans ses travailleurs « âgés »

 

Que peut-on réclamer lorsqu’une entreprise fait des bénéfices ?  Un plan pour adapter l’organisation et les conditions de travail des 45 ans et plus, par exemple. Démonstration chez Worldline.


Vous en êtes client probablement tous les jours, sans même le savoir : leader mondial des services de paiements électroniques, Worldline (anciennement Banksys) est ce qu’on appelle une entreprise fructueuse. Pourtant, le personnel ne voit pas le retour de ce succès : très peu de moyens sont consacrés à l’investissement et au développement de l’entreprise.

 

Fâchés par ce constat, les travailleuses et travailleurs ont alors établi, il y a environ un an, avec leurs délégués, une série de revendications pour profiter eux aussi de cette réussite. Aujourd’hui, les délégués ont signé un accord, portant notamment sur un plan pour les travailleurs de 45 ans et plus, comme le permet la convention collective ou CCT 104 (lire encadré). Ce plan Worldline est intéressant à plusieurs titres.

 

À chacun ses besoins

Tout d’abord, c’est un plan de type « cafétéria », c’est-à-dire proposant une panoplie de mesures dans laquelle les travailleurs peuvent choisir. Les préoccupations et les difficultés de l’un ne sont pas celles de l’autre ; on répond mieux ainsi à la diversité des besoins. Par exemple : augmentation du nombre de jours de télétravail autorisé (de 2 à 3 par semaine), élargissement des plages horaires flexibles, heures de congé supplémentaires pour raccourcir certaines journées de travail, sortie plus facile des shifts de soir et de nuit, etc.

 

Les 45 ans et plus peuvent encore apprendre

Les travailleurs âgés sont ceux qui ont quitté l’école il y a le plus longtemps, et pourtant peu d’employeurs leur proposent des formations en suffisance. Souvent règne l’idée que cela ne vaut plus la peine d’investir dans la formation d’un travailleur en fin de carrière ou, pire encore, qu’un travailleur âgé ne serait de toute manière plus capable d’apprendre de nouvelles choses. Dans le plan Worldline, les travailleurs plus âgés peuvent bénéficier d’un droit à la formation augmenté de 25%.

… et apprendre aux autres
Les travailleurs âgés peuvent consacrer une partie de leur temps à des projets transversaux dans lesquels leur expérience est valorisée : coaching de travailleurs juniors, réflexions sur la nouvelle organisation du travail, etc.
 Bien sûr, les délégués auraient voulu aller plus loin. Mais lorsque l’on connaît comment est généralement traduite la CCT 104 dans les entreprises (lire l’interview), le plan Worldline est sans conteste un compromis honorable. Ce plan ne considère donc pas les plus anciens comme des travailleurs « usés », mais leur reconnaît aussi des atouts que n’ont pas encore les plus jeunes.



La CCT 104, c’est quoi ?
 Depuis 2013, la CCT nationale n°104 impose à toute entreprise de plus de 20 travailleurs d’établir un « plan pour l’emploi des travailleurs âgés », en vue de maintenir ou d’accroître le nombre de travailleurs de 45 ans et plus. L’employeur
doit présenter son plan avant adoption au conseil d’entreprise et prendre en compte toutes les remarques et propositions d’ajout faites par les délégués. Il doit ensuite présenter les résultats du plan à son expiration et faire le point tous les ans.
 

 

3 questions à Martin Willems, permanent CNE responsable du secteur à Bruxelles

Jusqu’ici, comment est traduite la CCT 104 dans les entreprises ?

Il y a des exceptions sans doute, mais les employeurs n’ont en général pas vraiment saisi cette opportunité de réfléchir en profondeur sur le déroulement d’une carrière. Dans beaucoup de cas, l’obligation a été remplie comme un mal nécessaire, avec une proposition de plan indigent. L’exemple caricatural (mais véridique) est le plan ne contenant comme unique mesure que la possibilité de faire, à partir de 45 ans, un test cardio-vasculaire aux frais de l’employeur. Le fait de mettre en avant une telle mesure démontre que cet employeur n’a rien compris à l’esprit de la CCT 104. Car le but est d’adapter l’entreprise à ses travailleurs plus âgés. Or parler d’examen médical c’est considérer au contraire que ce serait le travailleur qui devrait se plier, au risque de se rendre malade, pour continuer à coller aux exigences. C’est aussi par ailleurs sauter à pied joints dans les stéréotypes liés à l’âge, en l’occurrence que ce qui différencierait un travailleur âgé d’un plus jeune serait uniquement sa moins bonne santé.

 

Adapter l’entreprise aux « âgés », une réelle volonté ?

On connaît l’hypocrisie commune. D’un côté on clame qu’il y a trop peu de seniors au travail et qu’il faudrait rallonger les carrières, la Belgique s’étant même engagée d’ici 2020 à garder au travail au moins 50 % des 55 ans et plus. De l’autre, ces travailleurs sont les premiers visés par les restructurations.

 

Ce genre de plan peut changer la donne ?

La CCT 104 est un outil. Comme chez Worldline, les délégations doivent s’en saisir et l’orienter pour contrer les préjugés (tel âgé=sclérosé=boulet) et faire de l’entreprise un lieu épanouissant pour tous au bénéfice de tous.

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