« Je travaille pour des racistes »

 

Dans les secteurs des soins aux personnes, certains travailleurs subissent quotidiennement des comportement racistes ou d’autres discriminations de la part des résidents et des patients. Une situation que la CNE a décidé d’attaquer par tous les côtés.

 

« Sale négresse », « Retourne dans ton pays », « Mange tes bananes »… Des mots qui choquent, mais malheureusement courants dans les secteurs des soins aux personnes, comme les maisons de repos, les aides ménagères et familiales ou les soins à domicile. Prononcés par des résidents ou des patients, qui vont parfois jusqu’à refuser les soins de telle infirmière ou tel aide-soignant, en raison de sa couleur de peau, son foulard ou son accent. « Je me souviens qu’un jour, un patient a refusé d’ouvrir la porte parce que j’étais noire. Il avait besoin de soins, mais il a préféré s’en passer que de me laisser entrer chez lui », témoigne une aide à domicile. « Dans notre maison de repos, certains résidents se permettent aussi de choisir leurs aides-soignantes, et d’en exclure d’autres, simplement parce qu’elles sont étrangères ou d’une autre confession, par exemple. Chez nous, on refuse ce genre de demandes. », explique une déléguée. 

 

Complicité passive

La réaction n’est pas si claire partout. Victoire, infirmière et déléguée CNE, en fait l’expérience : « Une de nos collègues a porté plainte à la police suite à des comportements racistes dans la maison de repos. La direction est bien au courant, désapprouve et fait des remontrances aux résidents concernés, mais ne prend aucun engagement concret, en disant : « On a peur de les mettre à la porte ». En fait, le problème est toujours éludé ». Le client est roi, le bénéficiaire a tous les droits ? C’est ce que semblent accepter une majorité des victimes elles-mêmes ! Car lorsqu’on les interroge, la première réaction est souvent de banaliser : « Je fais avec, j’essaie d’en rire, je n’écoute pas… » Des faits si habituels qu’ils paraissent ainsi normaux, d’autant plus lorsque la direction et certains collègues préfèrent faire la sourde oreille ou composer avec les exigences racistes des résidents et patients. Victoire déplore cette « complicité passive ».

 

Les employeurs des institutions ont pourtant un rôle à jouer face à cette problématique. Pousser les directions à protéger leurs travailleurs contre le racisme et toutes les autres discriminations est d’ailleurs l’un de nos axes de travail. À Liège, la CNE a en effet décidé de s’attaquer au problème, dans les institutions et avec les délégués (lire ci-dessous). Première étape : éradiquer la banalisation et la fatalité.

 


Julie Coumont

Vous êtes victime de racisme 
ou discrimination ?

Contactez le service Diversité 
de la CSC. Nous sommes là pour vous soutenir et trouver des solutions : diversite@acv-csc.be

 

 

3 questions à Salvador Alonso permanent CNE responsable du secteur à Liège

Salvador Alonso permanent CNE responsable du secteur à Liege

 

 

Qu’est-ce qui a motivé la CNE à entamer ce travail contre les discriminations ?

Un cas concret s’est présenté dans une maison de repos, à l’encontre d’une déléguée CNE, victime d’insultes et des comportements racistes de la part de certains résidents. On s’est alors demandé s’il s’agissait d’un cas isolé ou d’un phénomène plus large. On a commencé à interroger les militants des autres institutions et notre intuition s’est confirmée. Même si, au départ, les réponses étaient plus ou moins évasives : aussi bien les victimes que les témoins banalisaient les événements ! La première étape de notre travail a donc été de faire prendre conscience qu’il y a un problème. Que les discriminations, qu’elles soient basées sur l’origine, la couleur de peau, la religion, le genre ou encore l’orientation sexuelle, ne sont pas des comportements normaux.

 

L’organisation syndicale a-t-elle réellement un rôle à jouer là-dedans ?

Oui ! Et il est fondamental ! Parce que les travailleurs victimes de ces discriminations se sentent blessés au quotidien, par des insultes, des injures. Parfois certains sont eux-mêmes auteurs de ces comportements, sans s’en rendre compte tout de suite, puis se sentent mal. Or, notre rôle c’est de faire en sorte que les gens se sentent bien dans leur boulot. 

 

Il y a déjà pas mal d’outils disponibles…

Il y a des outils pour lutter contre les discriminations, mais ils sont souvent méconnus. Moi-même, je n’ai pas de réponse immédiate lorsqu’un cas se présente dans les institutions, je dois toujours d’abord faire des recherches et me tourner vers d’autres personnes. L’objectif de ce travail, c’est justement de construire notre action, avec les déléguées et délégués CNE, pour réagir très rapidement, mais aussi prévenir ces situations désastreuses.

C’est chiffré : dans les entreprises où sont organisées des élections sociales, la rotation du personnel est moins élevée. Cela signifie tout simplement que les travailleurs et travailleuses restent plus longtemps dans l’entreprise. Pourquoi ? D’abord parce que les délégués syndicaux veillent à ce que l’employeur favorise les contrats de qualité. La proportion de contrats à durée indéterminée (CDI) est d’ailleurs plus élevée dans ces entreprises. Les contrats précaires, comme les CDD (à durée déterminée) ou intérimaires, sont moins nombreux. Ensuite, grâce au travail syndical encore une fois, qui améliore les conditions de travail au sein de l’entreprise, les employés sont eux-mêmes moins tentés de quitter leur emploi pour un autre. Une stabilité qui profite évidemment à l’ensemble de l’entreprise, qui peut ainsi s’investir à long terme et bénéficier pleinement de l’expérience de ses travailleuses et travailleurs.

 

Envie de négocier de meilleurs contrats dans votre entreprise ? Lancez-vous dans l’aventure et présentez-vous aux prochaines élections sociales, prévues en mai 2016 ! Plus d’infos sur www.devenezcandidatcsc.be, auprès de l’équipe CNE de votre entreprise ou du secrétariat CNE de votre région (coordonnées sur www.lacne.be). 

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