Grèce : la troïka contre-attaque

 

Cet été a vu naître un accord sur le prochain programme de prêt à la Grèce, présenté par les dirigeants européens comme une avancée, permettant in extremis d’éviter la sortie du pays de la zone euro. Pourtant, rien n’est résolu, bien au contraire.


L’accord du 13 juillet, conclu après de multiples rebondissements, semble donner un sursis à la Grèce. En réalité, ce nouveau prêt « consenti » par les dirigeants européens ne résout absolument rien à la crise grecque et ne garantit certainement pas le maintien à long terme du pays dans la zone euro.

 

L’accord n’est pas viable

L’accord n’est pas viable sur le plan économique, car il requiert de mettre à nouveau la Grèce sous tutelle de la troïka pour appliquer des politiques d’austérité encore plus draconiennes que celles pratiquées depuis cinq ans. Les dirigeants européens continuent ainsi de nier que les politiques d’austérité sont responsables de la situation dramatique dans laquelle se trouve aujourd’hui le pays. L’accord du 13 juillet échouera donc, comme ont échoué les deux programmes d’austérité mis en œuvre depuis 2010. L’accord n’est pas non plus viable politiquement. Vingt-cinq parlementaires du parti du Premier ministre le rejettent et ont décidé de fonder un nouveau parti. Alexis Tsipras n’a donc eu d’autre choix que de convoquer de nouvelles élections en septembre. Même s’il réussit son pari et revient au pouvoir, il ne faudra pas attendre longtemps pour que les manifestations contre l’austérité ne reprennent dans le pays.

 

Le véritable but de l’accord est d’envoyer un message aux citoyens européens.

Pendant cinq mois, le gouvernement grec a tenté de négocier avec les Européens un compromis acceptable, en proposant des réformes de son économie, en échange des prêts indispensables pour rembourser sa dette et rester dans la zone euro. Mais alors que les Grecs négociaient de bonne foi et faisaient d’importantes concessions, les dirigeants européens sont restés inflexibles. Pire, ils ont progressivement étranglé la Grèce – notamment en provoquant la fermeture des banques grecques - pour la forcer à capituler. C’est effectivement ce qui s’est passé avec l’accord du 13 juillet, qui marque la défaite du gouvernement grec. Le but des dirigeants européens était limpide : annuler les élections grecques du 25 janvier et de mettre en garde les citoyens européens, avec le message « ne perdez pas votre temps à voter pour des partis anti-austérité, car nous sommes les plus forts et l’austérité est non-négociable ».

 

Pour desserrer l’austérité, il va falloir innover

Le seul langage que les dirigeants européens semblent comprendre est celui du rapport de forces, et ce rapport de forces est actuellement en leur faveur. Les gouvernements anti-austérité n’ont donc pas de multiples options pour réaliser leur projet. Ils leur faut contourner les blocages européens en élaborant à leur propre niveau des stratégies alternatives. Le gouvernement grec en a pris un moment le chemin. On a appris récemment que le ministre des Finances Yanis Varoufakis avait été chargé de mettre en place, avec l’aide d’un petit groupe d’experts internationaux de haut niveau, un plan B en cas d’échec des négociations. Un système parallèle de paiement, géré au niveau grec, était en passe de voir le jour. Le plan aurait dû être activé en juillet, lorsque la négociation s’est interrompue. Mais au dernier moment, le Premier ministre grec a reculé, provoquant la démission du ministre Varoufakis. Il est difficile de savoir si ce plan était suffisamment élaboré pour pouvoir réussir. Il se serait heurté à une opposition catégorique des dirigeants européens qui auraient sans doute poussé la Grèce hors de la zone euro. À tout le moins, ce plan pose une bonne question : face à l’absence complète de remise en question des dirigeants européens, les Etats « résistants » ont-ils d’autre choix que d’enfreindre les règles européennes voire de sortir volontairement de la zone euro ? L’idée fait son chemin actuellement dans certains partis de gauche, non seulement en Grèce mais ailleurs en Europe. Ces partis réclament la convocation d’un sommet européen en faveur du plan B. La question de la subsistance de la zone euro est désormais ouvertement posée.



Etienne Lebeau

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