Sports Direct : de la grève locale à l’action internationale

 

Cela fait maintenant un an que la tension monte chez Sports Direct, chaîne de magasins d’articles de sport. Suite au départ du dernier responsable des ressources humaines, la direction, située en Angleterre, a décidé de reprendre les choses en mains et, par la même occasion, de piétiner la concertation sociale dans l’entreprise. Depuis, le management de l’entreprise est catastrophique : les marchandises ne rentrent pas, le personnel est constamment mis sous pression, de nombreux acquis des travailleurs ont été supprimés, et tout cela se ressent sur le chiffre d’affaire global, désormais dans le rouge.

 

La première victime a été le personnel administratif licencié il y a quelques mois, et il n’a pas fallu attendre longtemps pour que le personnel des magasins suive. Après la fermeture du magasin, la direction n’a cherché aucune solution alternative pour sauver les emplois des travailleuses et travailleurs, alors même que l’entreprise occupe 25% d’intérimaires. Pire : au lieu de permettre à son personnel de se retourner et de quitter l’entreprise pour chercher un nouvel emploi, la direction souhaite que les travailleurs prestent l’entièreté de leur préavis, pour lui assurer un profit maximum.

 

Les travailleurs se sont donc mis en grève du 29 août au 5 septembre. Pendant cette semaine d’action, ils ont distribué des tracts à la clientèle et rendu visite à leurs collègues dans d’autres magasins. La direction s’est alors remise autour de la table et les travailleurs ont levé leur blocage mais restent mobilisés et continuent la lutte.

 

 

Sports Direct en Grande-Bretagne

 

Des échos inquiétants

Au vu de la détérioration des conditions de travail chez Sports Direct, la CNE a décidé de mettre en œuvre la solidarité et de s’allier avec les travailleuses et travailleurs d’autres pays. Nous sommes ainsi allés à la rencontre des délégués Sports Direct d’Angleterre et d’Autriche, devant le siège social de l’entreprise à Nottingham, avec une centaine d’autres manifestants venus dénoncer les conditions de travail. Au même moment, des actions se sont déroulées devant une quarantaine de magasins dans tout le pays. Cette journée d’actions est la première étape importante d’une campagne lancée depuis deux ans par le syndicat Unite.

 

Les discussions avec nos camarades nous permettent de mieux comprendre leur réalité, un pays où le syndicalisme a été affaibli par les années Thatcher1 et où les multinationales sont toutes puissantes. Sur les 24.000 employés dans les magasins, 80% sont des contrats « zéro heure » : toutes les semaines, ils rejoignent leur lieu de travail sans connaître le nombre d’heures qu’ils vont devoir prester. La précarité dans le dépôt est encore plus importante : sur les 4500 employés, 200 ont un contrat. Les autres sont intérimaires et non protégés par le droit du travail : c’est donc la direction qui décide seule des règles. Dans le règlement de travail, on retrouve ainsi une longue liste d’interdits justifiant un avertissement, comme, par exemple, « tomber malade ». Après six avertissements, le travailleur peut être licencié. Les employés ont tellement peur de perdre leur emploi qu’ils viennent malades au travail. Pour l’année 2015, il y a déjà eu 42 interventions ambulancières et un bébé né dans les toilettes du dépôt.

 

Nous avons également travaillé à un projet pour l’avenir, avec les premières étapes d’un plan d’action. Comme nous le répétait très justement Luke Primaloro, secrétaire permanent de l’Unite, l’objectif de la direction anglaise de Sports Direct est bien d’imposer ce système inhumain au reste de l’Europe. Les échos que nous avons de nos collègues d’autres pays confirment cette dérive au sein de l’enseigne. Heureusement qu’à l’heure actuelle, notre force syndicale et notre législation nous protègent encore de telles situations, mais pour combien de temps encore avec notre gouvernement ultralibéral en place depuis un an ? En plus de la solidarité nécessaire au niveau européen, nous sommes revenus motivés comme jamais pour lutter contre ce gouvernement MR-NVA (lire en page 10) et continuer notre combat chez Sports Direct.

 

 

Jalil Bourhidane

 

1 Premier ministre britannique de 1979 à 1990, Margaret Thatcher a été surnommée la Dame de fer, notamment en raison de sa politique antisyndicale particulièrement agressive et violente.

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