Séjour raccourci à la maternité

 

Dans son plan de refinancement des hôpitaux, la ministre de la Santé Maggie de Block a supprimé un jour de maternité financé par la sécurité sociale, à partir de 2016. Si certaines maternités étaient déjà entrées dans ce timing, pour d’autres, il a fallu réorganiser le travail. Objectif des délégués CNE : assurer le bien-être des patients et des sages-femmes.

 

En juin dernier, suite à la réforme de Maggie de Block, une maternité (dont nous tairons le nom) qui n’avait pas encore réduit le séjour de ses patients s’est vue rappeler à l’ordre, sous peine de devoir payer plusieurs centaines de milliers d’euros. Contrainte d’appliquer la réforme, la maternité commence donc à réorganiser son service. Carine, sage-femme et déléguée syndicale CNE dans cette maternité, participe activement à la réorganisation. Sa double casquette lui permet de veiller à garantir les mêmes soins à chaque maman et bébé, tout en maintenant de bonnes conditions de travail pour les collègues.

 

Réorganisation complète du travail

Dorénavant, les sages-femmes prodiguent donc une partie de leurs soins à domicile. Le test de Guthrie qui était effectué à la maternité, par exemple, se fait désormais à la maison. Voilà qui engendre des changements fondamentaux des conditions de travail : le lieu, les déplacements, la durée… n’ont plus rien à voir avec les pratiques dans la maternité. Se posent ainsi la question du temps de travail (les déplacements sont-ils compris dedans ?), de la responsabilité en cas d’accident avec le véhicule, du remplacement au sein de la maternité des sages-femmes parties en visites à domicile…

 

Une équipe de sages-femmes est alors constituée, sur base volontaire et avec une certaine expérience, pour les visites à domicile. Chaque matin, elles commencent leur journée par la clinique, où elles préparent leur tournée. Elles partent avec un véhicule de service qu’elles ramènent en fin de journée, moment où elles rangent le matériel pour l’équipe du lendemain et transmettent leur rapport. Partir et rentrer à la maternité permet d’avoir une prestation de jour sans trop désorganiser la vie privée et les risques matériels (véhicule) sont pris en charge par l’employeur. Les sages-femmes qui effectuent ces visites à domicile gardent du temps de travail en maternité, pour entretenir l’expertise du terrain hospitalier. Et lorsqu’elles sont sur les routes, elles sont remplacées par de nouvelles recrues pour ne pas déforcer le service de la maternité.

 

Le secret : une évaluation régulière

Des évaluations sont prévues régulièrement pour ajuster le tir. Pour l’instant, le retour des collègues est plutôt positif. Rencontrer les parents à domicile amène notamment une relation tout à fait différente avec les patients et permet un suivi plus personnalisé. Cette nouvelle organisation offre également des perspectives aux sages-femmes expérimentées, qui voient ainsi leur travail prendre de nouvelles dimensions. Mais le travail de Carine n’est pas terminé pour autant : l’équipe syndicale suivra toute la mise en place de la nouvelle organisation… et sa mise en œuvre.

 

 

3 questions à Claire De Pryck, permanente CNE responsable du secteur à Namur

 

Réduire le séjour en maternité, une bonne décision ?

Cette décision vise avant tout à faire des économies, pas à prendre soin des patients. Dans ce cas précis, la réorganisation du service et l’intervention de l’équipe CNE permet de minimiser l’impact sur les patients. Un séjour réduit à 72 heures n’en reste pas moins regrettable pour les femmes qui sont mamans pour la première fois, par exemple, ou qui, même si elles vont bien sur le plan médical, ont besoin d’un plus long séjour au sein de la maternité pour une raison ou l’autre. L’effet sur les sages-femmes est aussi négatif : désormais, toutes les patientes sont en même temps en phase « aigüe », qui correspond à la période où les soins et les interventions ne peuvent pas attendre. Le personnel est donc sollicité en permanence avec la même urgence et la même priorité.

 


Pourquoi la délégation syndicale a-t-elle participé à la réorganisation de la maternité ?

Cette réforme a changé fondamentalement les conditions de travail des sages-femmes. La délégation syndicale a donc un rôle de premier plan à jouer, pour garantir le bien-être des travailleuses et travailleurs concernés et la pérennité de l’emploi.

 


Au détriment de celui des patients ?

Justement non ! Au contraire : comme partout ailleurs dans le secteur des services aux personnes, le bien-être des patients est intimement lié à celui du personnel ! Si les sages-femmes se battent pour leurs conditions de travail, c’est avant tout pour pouvoir exercer leur métier correctement et prendre soin des mamans et de leur bébé.

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