Accueil des réfugiés : Chastrès, village raciste ?

 

Petit village de l’entité de Walcourt, Chastrès fait depuis quelques jours le buzz. En cause : les réactions extrêmes d’une partie de ses habitants, lorsqu’ils apprennent l’arrivée d’une centaine de réfugiés dans une ancienne maison de repos. À qui la faute ?

 

Pour faire face au déficit de places d’accueil pour les candidats réfugiés, l’Etat fédéral, en accord avec Fedasil, a décidé d’occuper deux anciennes maisons de repos désaffectées situées dans l’entité de Walcourt. L’une de ces maisons se trouve à Chastrès et devrait accueillir une centaine de candidats réfugiés. Le 27 octobre, les autorités communales invitent alors les citoyens à une réunion d’information, pour répondre à toutes leurs questions et potentielles appréhensions bien légitimes. Et tout bascule : la foule vocifère, les noms d’oiseaux fusent, des propos racistes et xénophobes sont hurlés par une partie des personnes présentes. Dans ce climat d’insurrection, les représentants politiques sont dans l’impossibilité d’expliquer et d’organiser un débat un tant soit peu audible. La télévision est présente et la réunion fait le buzz dans les médias et sur les réseaux sociaux. Chastrès, petit village tranquille où il fait bon vivre, devient le chantre du rejet de l’autre, du repli sur soi et de la xénophobie. Et même l’exemple à suivre selon un site web lié à l’extrême droite française…

 

Quand les uns crient, les autres n’entendent pas

Les racistes et les xénophobes de tous poils ont-ils décidé de se concentrer dans le petit village de Chastrès ? Nous ne le pensons pas. Lorsqu’on regarde les images filmées de cette assemblée, on constate d’abord que ceux qui hurlent et empêchent la tenue d’un débat contradictoire constituent une petite minorité des participants. Cela ne veut pas dire que tous les autres n’avaient pas de craintes à exprimer et de nombreuses questions à poser. Le premier dommage de ce rendez-vous manqué est là : ces fauteurs de trouble ont privé la majorité des gens présents de la possibilité de dialoguer avec leurs élus et les représentants de Fedasil. Un dialogue franc et intelligent aurait déjà permis de répondre aux craintes les plus absurdes et dénuées de tout fondement.

 

À cette personne qui se demandait ce qu’elle ferait si elle croisait un réfugié pendant son jogging par exemple, on aurait pu dire que le mieux serait sans doute de répondre « bonjour » à la personne qui l’aurait probablement saluée… Les élus locaux et les représentants de Fedasil auraient pu prouver que partout où des centres se sont installés, la délinquance n’a pas augmenté et qu’on ne connaît pas un seul cas d’agression d’un habitant du village par un candidat réfugié. On aurait pu aussi expliquer aux personnes présentes toutes les dispositions prévues pour que tout se passe au mieux…

 

À qui la faute ?

La responsabilité principale est sans doute à trouver ailleurs qu’à Chastrès. Plutôt que de condamner bêtement, il serait plus utile que les acteurs politiques et les médias se posent la question de leur possible part de responsabilité dans ces évènements regrettables.

 

A force de récupération politique de quelques faits qualifiés de terroristes, de discours politiques catastrophistes sur les risques djihadistes qui se logeraient dans chaque recoin de nos ruelles, de reportages télé « à l’américaine » qui font monter l’audimat, on participe activement à créer l’amalgame dans l’esprit des gens. La presse écrite n’est pas en reste : raccourcis racoleurs et sondages express avec des questions mal posées et/ou mal comprises qui nourrissent les pires fantasmes… Et petit à petit, insidieusement, nous conduisent à l’assemblée de Chastrès et ses échos les plus débiles : « tous les étrangers sont violeurs en puissance, les arabes sont tous djihadistes potentiels et les musulmans ne rêvent qu’à égorger nos fils et à voiler nos filles ».

 

Dès lors, les femmes et hommes politiques doivent prendre conscience que, même si ce n’est pas leur objectif, ils participent parfois à construire les phobies collectives. La récupération, le grossissement et l’utilisation de faits de terrorisme avérés ou non pour regagner les points de sondage nourrissent les peurs inconscientes, mènent au racisme et donnent du volume aux chants des sirènes de l’extrême droite. Les médias, quant à eux, ne doivent jamais oublier qu’ils ont une mission sacrée  : aider celles et ceux qui les regardent, les écoutent ou les lisent à comprendre le monde qui les entoure, à décoder les évidences et les soi-disant fatalismes, bref, à favoriser l’ouverture d’esprit plutôt que le repli sur soi.

 

Encore une fois, la plupart des personnes présentes à Chastrès venaient seulement chercher des réponses à leurs légitimes questions. Quelques énergumènes les en ont privés, mais ça ne fait certainement pas de la plupart de ses habitants un ramassis de mauvaises gens.

 

Tony Demonté

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