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Quand le monde s’arrête, les femmes continuent !

Parler de métiers essentiels pendant cette crise du Covid-19, cela se conjugue essentiellement au féminin. Quand le monde s’arrête, les femmes continuent ! Elles ont rendu visibles des fonctions souvent peu rémunérées, peu valorisées et pourtant tellement vitales. 

Alors que nous n’avons pas pu souffler entre les deux vagues, ni prendre le temps d’un pas de recul pour analyser ce qui nous est arrivé de mars à juin 2020, nous sommes à nouveau confrontées à la mise sous pression maximale de nos soins de santé, aux pires craintes pour la situation dans les maisons de repos, aux travailleuses du commerce qui  
« tombent comme des mouches », aux enseignantes totalement désemparées sur la manière d’aborder les cours en toute sécurité en présentiel ou via les nouvelles technologies.  
 
Dans ce dossier, nous avons décidé de nous arrêter sur deux secteurs dont s’occupe la CNE : le Commerce et le Non Marchand. Nous espérons que ces deux témoignages nous permettront, collectivement, de faire ce pas de recul pour, petit à petit, mieux se comprendre les unes les autres. Il est si important que les travailleuses ne s’opposent pas entre elles mais tissent les solidarités en comprenant mieux dans quelles réalités différentes elles évoluent.  

 

Soins aux personnes : une fatigue et une surcharge immenses  

Pour le personnel du Non Marchand, la crise sanitaire a été et reste un grand traumatisme. Dans les maisons de repos particulièrement, les travailleuses ont été confrontées à une mortalité de très grande ampleur dans des conditions insoutenables.   
 

Fin août, Stéphanie Paermentier nous confiait ceci : « Nombreuses sont les travailleuses du Non Marchand, notamment en maisons de repos, qui se posent beaucoup de questions sur leur avenir professionnel et qui réfléchissent à se réorienter vers d’autres métiers. Car la situation vécue au printemps a entraîné une remise en question totale du sens de leur propre métier, qui est de prendre soin des plus faibles, des plus fragilisés.   

Beaucoup de nos affiliées ont en effet très mal vécu cette double contrainte permanente à laquelle elles étaient confrontées : sans moyens de protection minimum, fallait-il continuer à soigner ces résidentes et résidents atteints du Covid-19 au risque de contaminer les autres, y compris les collègues et la famille, ou fallait-il les laisser mourir ? Tout cela a occasionné beaucoup d’interrogations, de doutes, une fatigue et une surcharge immenses, alimentés aussi par les incidents scandaleux auquel le personnel soignant a été confronté : insultes, voitures taguées, attitudes de rejets de la part du voisinage ou de certaines familles… Dans ces secteurs, tout cela débouche des mois plus tard sur un épuisement mental et physique et sur la crainte de ne pas tenir le coup. » 

Transformer les promesses en mesures concrètes   

Nous sommes hélas aujourd’hui face à une deuxième vague, de forte intensité. Quelle est la réalité sur le terrain ? Stéphanie Paermentier : « Le problème de sous-effectifs qui existe depuis de nombreuses années - conséquence de normes d’encadrement insuffisantes – et qui est amplifié par les nombreux certificats de quarantaine a pour conséquence une surcharge de travail qui ne pourra être gérée qu’avec un renfort d’effectifs. Certains secteurs avaient, comparativement à d’autres, bien résisté à la première vague. Ce n’est plus le cas actuellement. La CNE est, à ce stade, très inquiète de l’évolution de la situation dans l’hébergement des jeunes et des personnes handicapées, ainsi que dans le secteur de l’aide à domicile. Un soutien psychologique est nécessaire pour ce personnel en souffrance. Il faudra aussi réfléchir à un processus de résilience plus collectif pour lutter contre ce sentiment de démotivation et d’impuissance. Mais, au-delà de ce soutien psychologique, ces métiers invisibles doivent être revalorisés. Un budget de 260 millions d’euros a été dégagé par le gouvernement wallon pour un accord-social sur 2021-2024. Les négociations n’ont toujours pas débuté. Il est pourtant nécessaire de transformer les applaudissements et les promesses en mesures concrètes pour ces travailleuses de l’ombre. »  
 

« Du jour au lendemain, on s’est réveillées métiers essentiels ! »  

« Alors que nos métiers ne font habituellement pas vraiment rêver, on s’est réveillées mi-mars comme étant essentielles », explique Delphine Latawiec, permanente CNE en charge du commerce. Durant cette crise sanitaire, les caissières, les réassortisseuses, les vendeuses, etc. ont été et restent bel et bien en première ligne.   

Personne n’a oublié ces semaines du printemps où nos supermarchés ont été pris d’assaut par des citoyennes inquiètes à l’idée de manquer de nourriture et de biens de première nécessité. Pour répondre à ce vent de panique, le personnel des grands magasins n’a pas ménagé ses efforts. Avec quelles conséquences pour elles-mêmes ? Delphine Latawiec pointe plusieurs aspects, à commencer par la charge mentale qui a pesé et pèse toujours beaucoup sur ces travailleuses.  

Charge mentale maximale  

Cette charge mentale a plusieurs facettes. L’une d’entre elles a trait à la question de l’agressivité de certaines clientes. À l’entrée des magasins, dans les files à la caisse, c’est un phénomène auquel tout le personnel du secteur commerce est confronté régulièrement. « Faire respecter les règles de port du masque, de distance, de nombre maximal de personnes présentes, tout cela pèse énormément, surtout quand l’agressivité monte. Tout récemment, nous nous sommes battues pour la fermeture des grandes enseignes à 20 heures pour éviter que le personnel ne soit confronté aux problèmes liés à la vente d’alcool après cette heure. On ne veut en effet pas que la tâche de contrôle repose sur le dernier maillon de la chaîne, c’est-à-dire les caissières ou les réassortisseuses déjà mises sous pression ces derniers mois », explique-t-elle.   
 

Autre facette de cette charge mentale : l’impact de la crise sanitaire sur la vie privée et familiale. « Au plus fort de la crise sanitaire du printemps et à nouveau aujourd’hui, beaucoup de nos affiliées nous ont confié leurs craintes de ramener le virus à la maison. Même avec les gestes barrières, cette crainte reste très forte. D’autant qu’au moment où les chiffres sont devenus moins inquiétants, beaucoup d’enseignes ont souhaité assouplir les règles (en termes de nombre de personnes présentes, de possibilités d’essayage des vêtements, etc.) pour réattirer les clientes. »  

Travail et famille, l’éternel casse-tête  

À cette angoisse bien légitime, s’ajoutent les contraintes liées à l’organisation familiale. « Deux tiers du personnel du commerce de détail sont des femmes et la moyenne d’âge est assez basse. Beaucoup sont mamans et ont dû jongler entre du travail intensif et des jeunes enfants à garder, tâche qui incombe le plus souvent aux mères. Au printemps, ces travailleuses n’étaient de surcroît pas prioritaires pour les crèches et autres lieux de garde, une aberration ! Précisons aussi que les magasins non essentiels ont rouvert leurs portes le 11 mai, soit quelques semaines avant les écoles. Cela fut une vraie source de stress pour ces travailleuses, une réalité pas nouvelle mais accrue, et ce l’est toujours pour beaucoup d’entre elles ! »  

Au nom de la conciliation entre travail et vie privée, l’amplitude toujours plus large des horaires d’ouverture des magasins ainsi que l’ouverture du dimanche sont combattues par la CNE. « Mais en période Covid, nous avons été contraintes d’accepter du travail de nuit et du dimanche, avec accès fermé au public, de façon à pouvoir faire du réassort dans des conditions de sécurité et de sérénité un peu plus acceptables. Il va falloir maintenant faire en sorte qu’on ne rentre pas là-dedans de façon structurelle. »  

Des métiers à reconsidérer  

Le mot de la fin ? « Nos métiers du commerce sont communément plutôt mal jugés, mal considérés aussi. Ce qui se traduit par beaucoup de temps partiel, des horaires variables, des salaires peu élevés. La crise sanitaire a démontré toute leur utilité et aussi le dévouement de ces travailleuses. Il est donc plus que temps de revoir la valeur qu’on leur accorde dans notre société. » 

 

Danièle Ernotte et Gaëlle Demez  
Articles parus dans le Syndicaliste n°933 bis. 

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