Quand le monde s’arrête, les femmes continuent !
Parler de métiers essentiels pendant cette crise du Covid-19, cela se conjugue essentiellement au féminin. Quand le monde s’arrête, les femmes continuent ! Elles ont rendu visibles des fonctions souvent peu rémunérées, peu valorisées et pourtant tellement vitales.
Soins aux personnes : une fatigue et une surcharge immenses
Fin août, Stéphanie Paermentier nous confiait ceci : « Nombreuses sont les travailleuses du Non Marchand, notamment en maisons de repos, qui se posent beaucoup de questions sur leur avenir professionnel et qui réfléchissent à se réorienter vers d’autres métiers. Car la situation vécue au printemps a entraîné une remise en question totale du sens de leur propre métier, qui est de prendre soin des plus faibles, des plus fragilisés.
Beaucoup de nos affiliées ont en effet très mal vécu cette double contrainte permanente à laquelle elles étaient confrontées : sans moyens de protection minimum, fallait-il continuer à soigner ces résidentes et résidents atteints du Covid-19 au risque de contaminer les autres, y compris les collègues et la famille, ou fallait-il les laisser mourir ? Tout cela a occasionné beaucoup d’interrogations, de doutes, une fatigue et une surcharge immenses, alimentés aussi par les incidents scandaleux auquel le personnel soignant a été confronté : insultes, voitures taguées, attitudes de rejets de la part du voisinage ou de certaines familles… Dans ces secteurs, tout cela débouche des mois plus tard sur un épuisement mental et physique et sur la crainte de ne pas tenir le coup. »
Transformer les promesses en mesures concrètes
« Du jour au lendemain, on s’est réveillées métiers essentiels ! »
« Alors que nos métiers ne font habituellement pas vraiment rêver, on s’est réveillées mi-mars comme étant essentielles », explique Delphine Latawiec, permanente CNE en charge du commerce. Durant cette crise sanitaire, les caissières, les réassortisseuses, les vendeuses, etc. ont été et restent bel et bien en première ligne.
Personne n’a oublié ces semaines du printemps où nos supermarchés ont été pris d’assaut par des citoyennes inquiètes à l’idée de manquer de nourriture et de biens de première nécessité. Pour répondre à ce vent de panique, le personnel des grands magasins n’a pas ménagé ses efforts. Avec quelles conséquences pour elles-mêmes ? Delphine Latawiec pointe plusieurs aspects, à commencer par la charge mentale qui a pesé et pèse toujours beaucoup sur ces travailleuses.
Charge mentale maximale
Autre facette de cette charge mentale : l’impact de la crise sanitaire sur la vie privée et familiale. « Au plus fort de la crise sanitaire du printemps et à nouveau aujourd’hui, beaucoup de nos affiliées nous ont confié leurs craintes de ramener le virus à la maison. Même avec les gestes barrières, cette crainte reste très forte. D’autant qu’au moment où les chiffres sont devenus moins inquiétants, beaucoup d’enseignes ont souhaité assouplir les règles (en termes de nombre de personnes présentes, de possibilités d’essayage des vêtements, etc.) pour réattirer les clientes. »
Travail et famille, l’éternel casse-tête
À cette angoisse bien légitime, s’ajoutent les contraintes liées à l’organisation familiale. « Deux tiers du personnel du commerce de détail sont des femmes et la moyenne d’âge est assez basse. Beaucoup sont mamans et ont dû jongler entre du travail intensif et des jeunes enfants à garder, tâche qui incombe le plus souvent aux mères. Au printemps, ces travailleuses n’étaient de surcroît pas prioritaires pour les crèches et autres lieux de garde, une aberration ! Précisons aussi que les magasins non essentiels ont rouvert leurs portes le 11 mai, soit quelques semaines avant les écoles. Cela fut une vraie source de stress pour ces travailleuses, une réalité pas nouvelle mais accrue, et ce l’est toujours pour beaucoup d’entre elles ! »
Au nom de la conciliation entre travail et vie privée, l’amplitude toujours plus large des horaires d’ouverture des magasins ainsi que l’ouverture du dimanche sont combattues par la CNE. « Mais en période Covid, nous avons été contraintes d’accepter du travail de nuit et du dimanche, avec accès fermé au public, de façon à pouvoir faire du réassort dans des conditions de sécurité et de sérénité un peu plus acceptables. Il va falloir maintenant faire en sorte qu’on ne rentre pas là-dedans de façon structurelle. »
Des métiers à reconsidérer
Danièle Ernotte et Gaëlle Demez
Articles parus dans le Syndicaliste n°933 bis.

