Les travailleurs franchisés des petits commerces - Oubliés parmi les oubliés ?

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Les travailleurs du commerce paient cher cette crise et ce, à de nombreux points de vue. Financier d’abord, avec les périodes de chômage temporaire dues aux fermetures mais aussi avec la non-assimilation de ces périodes pour le calcul de la prime de fin d’année. 
Mais également d’un point de vue humain : on ne compte plus, en effet, le nombre de collègues en quarantaine, en arrêt maladie et certains durement touchés par le coronavirus.  

Dans le quotidien des magasins ouverts, la réalité est faite de stress ; celui de la contamination, celui de la surcharge de travail mais aussi de l’agressivité vécue, confrontés aux clients qui refusent d’appliquer les mesures de sécurité de base. Pendant ce temps, les chiffres d’affaires de certaines enseignes atteignent des niveaux que nous ne connaissions plus depuis longtemps. Pour un juste retour, face aux efforts consentis et à l’exposition aux risques encourus, les militants de la CNE se sont battus pour obtenir une juste reconnaissance, que ce soit en termes financiers (complément au chômage temporaire, assimilation du chômage pour la prime de fin d’année...) mais aussi en termes qualitatifs (fermeture une heure plus tôt, pause payée, congés supplémentaires, etc.). Parfois avec succès, et parfois pas. 


Mais qu’en est-il dans les magasins franchisés ou les magasins indépendants avec du personnel ? 

C’est un mélange d’employeurs qui ne jouent pas tous dans la même cour. On y retrouve des enseignes nouvellement installées en Belgique mais dépendantes de grands groupes internationaux, et des magasins franchisés de grandes enseignes de l’alimentaire ou du non alimentaire avec, parmi ceux-ci, des franchisés qui détiennent un ou plusieurs magasins. On y retrouve enfin votre épicier du coin, votre supérette, la petite boutique de jeux, la librairie, la petite marchande de chaussures… Bref, des réalités économiques radicalement divergentes. 

Mais qul est alors le lien entre tous ces employeurs ?  

Ces enseignes ont un point commun : les mauvaises conditions de travail offertes aux employés. En effet, un même bas statut lie le destin de ces travailleurs. Tandis que leurs collègues de la grande distribution travaillent 35h/semaine, ceux-ci travaillent 36h30 ou 38h. Tandis que les barèmes démarrent pour la grande distribution à 1.722€ brut pour un temps plein, les franchisés et employés des magasins indépendants commencent avec plus de 100€ brut de moins. Le travail du dimanche est une différence fondamentale : si pour les uns, ces ouvertures sont rares et compensées ; pour les autres, c’est leur lot chaque semaine sans aucune compensation. 
 
Ne nous y trompons pas. Personne n’est privilégié dans le secteur du commerce, entre bas salaires, temps partiels et conditions de travail flexibles. Mais le système de la franchise permet ainsi aux grandes entreprises de faire porter les questions liées au personnel sur le seul " gérant " de la franchise. S’ils se désolidarisent de la responsabilité du personnel, par contre, les profits engendrés par la succursale leur reviennent en partie. D’autres entreprises s’organisent pour rester dans cette commission paritaire (CP 201) en créant de nombreuses petites entreprises telle une toile d’araignée pour maintenir les statuts des employés au plus bas. 
 
Depuis des années, la CNE tente de négocier des améliorations pour les travailleurs de ce secteur. Nous essayons notamment de débusquer ces employeurs qui tentent d’y rester en organisant leurs entreprises en toile d’araignée. Nous développons également un service d’aide spécifique aux affiliés, qui passe par l’information sur leurs droits via notre page www.cp201.be
 
Durant la 1ère vague covid en mars, nous avons tenté de négocier aussi un juste retour. Si nous avons pu avancer sur la sécurité, il n’a malheureusement pas été possible de trouver une solution pour les travailleurs des franchises et commerces indépendants dont une partie était d’ailleurs fermée. 
 
Sans rapport de force, sans délégation syndicale, entre magasins fermés au bord de la faillite et magasins ouverts, entre employeurs dans l’aisance et petits indépendants au bord du gouffre, l’issue des négociations n’est que rarement positive.  
 
Pourtant, nous ne baissons pas les bras. D’année en année, le nombre des affiliés augmente, nous permettant ainsi de développer une action syndicale qui finira par porter ses fruits notamment en interpellant les franchiseurs cachés derrière les petites filiales, et en améliorant petit à petit le statut des employés. De même, nous continuons notre combat pour modifier le paysage des commissions paritaires du commerce, pour faire en sorte que, demain, la caissière du Carrefour express, du Déli traiteur, du Proxy Delhaize soit mise sur le même pied que celle du Delhaize, du Carrefour market ou du Cora. 
 
Delphine Latawiec

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