Youna Marette - Celle qui marchait pour le climat…

Nous la retrouvons en terrasse, près du cimetière d’Ixelles. Youna Marette, toute jeune et si déterminée, qui marchait pour le climat tous les jeudis dans les rues de Bruxelles. Et bien sûr, nous commençons par parler du confinement… 

 

Tout s’est bien passé pour moi, j’ai passé le confinement avec ma famille. Là, je suis dans une période de stress parce que c’est bientôt la rentrée universitaire et je ne sais toujours pas quoi faire. » A la voir si sûre d’elle, impatiente et déterminée, on en oublie qu’elle quitte seulement le secondaire : « J’avais le projet d’aller étudier au Canada mais c’est tombé à l’eau à cause de la pandémie. Du coup, je vais plutôt me lancer dans la sociologie, les sciences politiques ou l’anthropologie, mais je n’ai pas encore eu de coup de cœur. » 



Voilà pour les projets d’avenir, mais comment tout cela a-t-il donc commencé ?   


« J’ai longtemps été un colibri, qui fait ce qu’il peut dans son coin », nous dit-elle, 
« je suis devenue végétarienne, on a arrêté de consommer du plastique et j’ai entraîné toute ma famille là-dedans. J’étais très dans les actions individuelles. D’abord se changer soi-même. Et puis, je me suis renseignée et je me suis rendu compte que des colibris, il y en a toujours eu et que ça n’a fondamentalement rien changé. Faire pipi sous la douche n’a jamais changé le monde. Je crois que ce discours est dépassé. C'est vraiment la structure qui ne fonctionne plus et qu’il faut changer. » 


« Nous, les jeunes, sommes très consommateurs, c’est vrai, et on nous a souvent reproché de militer un smartphone à la main », se défend-elle. « Mais nous sommes nés dans cette société-là qui nous pousse à la consommation. C’est très difficile de vivre en marge de ça. Ou alors il faut vivre en autonomie totale, s’acheter un terrain à la campagne, faire pousser ses légumes et boire de l’eau de source. Je crois que ça ne me déplairait pas, mais ce serait partir et laisser les autres dans leur galère. Moi, j’ai eu la chance d’avoir un accès à l’éducation qui me permet d’être consciente de tous ces problèmes, on m’a donné la parole, on m’a écoutée, et donc j’ai une sorte de devoir. » 


« Je crois beaucoup au pouvoir des grèves et des marches dans la rue, ces grands mouvements qui sont les moyens d’action des syndicats », poursuit-elle. « Ce serait une erreur de notre part de ne nous occuper que d’environnement, sans nous préoccuper des répercussions sur la société et les individus qui la composent. Les changements qui arrivent doivent se faire main dans la main avec les syndicats. C’est une seule et même lutte, au final, c’est tout le système qu’il faut changer. On parle de convergence des luttes, l’anti-racisme, le féminisme, toutes ces luttes ne peuvent pas être dissociées. Moi, je suis jeune, femme, afro, je cumule, mais en même temps, je suis tout ça. Avec mes différentes facettes et mes contradictions. » 


Ces derniers mois ont été pour elle un moment de réflexion : « Pendant le confinement, on s'est tous énormément posé de questions. J'avais espéré qu'on allait repartir du bon pied parce que ce confinement n'est pas anodin, c'est un peu nous qui l’avons créé. C’est le système qui est arrivé au bout, c'est la planète qui n'arrive plus à suivre. Et ce virus aurait pu être évité si on avait eu d'autres modes de production. J'ai cru que ça allait faire bouger pas mal de choses mais on est tous très vite retombé dans nos habitudes, notre confort. Je le vivrai très mal d’être consciente de ces problèmes mais de vivre comme si de rien n’était. Si dans quarante ou cinquante ans, les problèmes environnementaux n’existent plus, alors, je pourrai moi aussi me mettre dans mon canapé, un verre à la main, mais ça m’étonnerait que le travail soit fait. Peu importe les études vers lesquelles je me dirige, de la médecine à la sociologie, ces valeurs vont me suivre toute la vie, quelle que soit ma profession. » 


Propos recueillis par Linda Léonard 

Personalization