Un plan de relance européen qui oublie les travailleurs

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En juillet, les chefs d’Etat européens se sont accordés sur un plan de relance. Un succès politique, mais des travailleurs largement oubliés. 

 

À l’issue de leur sommet, les chefs d’Etats proposaient une enveloppe de 1.824 milliards d’euros pour la relance économique. La plus grande partie de cette somme correspond au budget de l’UE pour la période (2021-2027). Elle représente 1.074 milliards, soit près de 60% de l’enveloppe. Elle servira à poursuivre les politiques habituelles de l’UE (politique agricole commune, programmes Erasmus, etc.). Cependant, le budget européen est mobilisé aussi pour répondre aux urgences actuelles, des lignes budgétaires nouvelles ayant été créées pour renforcer par exemple les politiques de santé, la recherche médicale, etc. L’autre partie de l’enveloppe, soit 

750 milliards, est toute nouvelle et constitue à proprement parler le plan de relance européen. Ce plan s’ajoute aux plans nationaux adoptés dans chacun des Etats membres. L’UE met à la disposition des Etats des fonds supplémentaires, sous forme de prêts et de subsides directs. Ces fonds visent à relancer l’économie grâce à des investissements dans l’emploi et le marché du travail, la formation, l’éducation, la recherche, la santé…  
Cocorico ? Pas si vite ! 


L’accord de juillet est une réelle avancée. On le résumera par deux idées, plus de relance et plus de solidarité. Plus de relance : l’UE comprend qu’il faudra investir pendant plusieurs années pour sortir de cette crise. Dans les mots en tout cas, on s’éloigne de l’austérité en vigueur ces dix dernières années. Plus de solidarité : l’UE a réussi à surmonter l’opposition des 4 Etats 
« frugaux ». Pour la première fois l’UE émettra, en proportions importantes, une dette commune et affectera les fonds en priorité vers les pays et secteurs les plus touchés par la crise. Même si le mécanisme est annoncé comme temporaire, un pas est franchi. Une fiscalité européenne voit aussi le jour, sous une forme embryonnaire (une taxe sur le plastique non-recyclable, le secteur numérique, etc.). Des tabous commencent à tomber, des lignes politiques bougent, notamment en Allemagne, où l’attitude envers le reste de l’Europe est plus conciliante.  


L’accord soulève aussi des critiques. Les montants engagés dans le plan de relance, soit 0,8% du PIB européen en base annuelle, paraissent insuffisants. Surtout si l’UE exige des Etats, ou que les Etats s’imposent eux-mêmes, un retour rapide à l’équilibre budgétaire. Supposons que la Belgique reçoive un financement annuel supplémentaire de 1% du PIB grâce au plan de relance, que pèsera cette somme si, dans le même temps, la Belgique ramène son déficit public, de 11% du PIB en 2020, à 0% en quelques années ? La vraie question est de savoir si les rigides règles budgétaires de l’UE seront assouplies afin que les Etats investissent dans leurs infrastructures économiques (énergie, transport public, etc.). Par ailleurs, l’accord laisse largement tomber les travailleurs victimes de restructurations. Depuis avril, les restructurations d’entreprises ont détruit 278.000 emplois dans l’UE. L’UE dispose de deux fonds pour aider les travailleurs lors de restructurations, le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation et le Fonds pour la transition juste. La Commission avait proposé en mai un budget pour ces deux fonds. Celui-ci a été sévèrement réduit par les chefs d’Etat, de 200 millions d’euros par an pour le premier et de 22,5 milliards globalement pour le second. Les fonds de la relance sont censés financer à 30% des activités économiques « vertes ». Mais la Cour des comptes européenne estime que les critères d’octroi de ces fonds sont trop flous. In fine, ils pourraient servir à financer des activités émettrices de carbone (charbonnages, p.ex.), plutôt que la transition écologique. Parler de relance est une chose. Comprendre que la relance implique de protéger les travailleurs victimes de la crise en est une autre. À nous de le rappeler à nos politiciens dans les mois à venir.  
 
Etienne Lebeau

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