Faillite du capitalisme financier - L’exemple de Brantano

Shutterstock


Sans surprise mais avec beaucoup de colère, les travailleurs de Brantano ont appris le 3 août la faillite de leur entreprise. Rien à voir avec le covid, l’incertitude planait depuis des mois sur Brantano et sa société mère FNG. 

 

Une faillite et, surtout, 1.400 travailleurs, dont 850 pour Brantano, qui perdent du jour au lendemain leur emploi et donc leurs revenus, c’est toujours une nouvelle désastreuse. Mais quand les raisons résident dans la recherche avide d’enrichissement de quelques-uns, elle est encore plus inacceptable.  



La politique des fondateurs de FNG, par ailleurs principaux actionnaires, avait été plusieurs fois dénoncée par les travailleurs comme financière plutôt que commerciale. Mués par la folie des grandeurs, les administrateurs ont racheté une nouvelle entreprise à prix d’or quasiment tous les ans depuis la création du groupe en 2003 alors que le projet commercial global des entités ne tenait pas la route. Cela a creusé l’endettement du groupe. Peu soucieux des résultats réels des ventes, ils ont utilisé la notoriété de l’enseigne Brantano, la plus grosse du groupe, pour obtenir des financements et emprunts. A la date de la faillite, la dette s’élevait à 735 millions d’euros. Le groupe avait annoncé fin juin près de 300 millions de perte pour 2019. 


De manière assez surprenante, des banques ont accordé des prêts alors que la situation économique était totalement illisible vu la complexité de la structure avec ses 80 entités juridiques et que les résultats n’étaient pas au rendez-vous. Ceci nous rappelle l’imprudence des banques lorsqu’en 2008 il s’est avéré qu’elles prêtaient sans se soucier des capacités de remboursements de leurs clients. Même le fonds d’investissement de la Région flamande y a investi de l’argent public, détenant 7% du capital. Il a fallu l’alerte de la FSMA, l’autorité de contrôle des marchés financiers, par rapport à des transactions internationales douteuses en 2018 pour que la tour commence à vaciller. Le 8 juillet, la FSMA, au lieu d’être rassurée par les réponses partielles reçues, a estimé que la justice devait s’en mêler et a transféré le dossier au Parquet d’Anvers. Le 22 août, selon la presse néerlandophone, trois personnalités du groupe auraient été inculpées. L’enquête se poursuit. 


Choquant. Les fondateurs incriminés, s’ils ont été dégagés des conseils d’administration des entités de FNG, sont toujours actionnaires de la seule entreprise qui a des résultats positifs Ellos, la plate-forme suédoise de vente de décoration d’intérieur. Rachetée en juillet 2019 grâce à un emprunt de 140 millions qui a contribué à faire plonger les entités aujourd’hui en faillite, elle a été placée dans une filiale nordique, l’immunisant ainsi de toute réclamation des créanciers. La faillite, une fois de plus, permet à une entreprise d’effacer l’ardoise de toutes ses dettes et des indemnités de licenciement des travailleurs. 


Les travailleurs, essentiellement des femmes, ne se sont pas laissé faire. Ils ont fermé quasi tous les magasins les deux premiers jours d’août, juste avant la faillite. Du côté francophone, une action a été menée devant le magasin de Jambes le 4 août suite aux assemblées organisées par la CNE. 
80% des travailleurs francophones y ont participé avec leur slogan « Nous ne sommes pas des pigeons, rendez-nous notre pognon ». Un comité d’action a été élu afin d’envisager des suites. Les travailleurs veulent dénoncer ceux qui les ont utilisés comme des pions sans aucune reconnaissance, ils envisagent de se porter partie civile au Parquet. Ils débattent également de l’action politique à mener pour empêcher les employeurs et les banques de disposer des travailleurs en fonction de leurs seuls intérêts financiers. 


A l’heure de clôturer cet article, le repreneur, Deichmann, ne reprend que 43 magasins sur plus de 100 et aucun à Bruxelles et en Wallonie. L’espoir qu’un autre repreneur maintienne des emplois du côté francophone est extrêmement faible. 
 
Myriam Djegham

Personalization