D’une crise à l’autre, L’Europe a-t-elle progressé ?


La crise financière transatlantique en 2008, la crise du coronavirus aujourd’hui, ont des causes différentes. Mais le défi reste le même pour les décideurs, stabiliser la situation, sauver les travailleurs et les entreprises. Nous comparons la réponse européenne en 2008 et en 2020.  

Rôle de la Banque centrale 

En 2008 
Le rôle d’une banque centrale est de défendre les Etats lorsque leur dette est attaquée par les marchés financiers. En 2010, sous l’égide du Français J-Cl. Trichet, la BCE a au contraire mis de l’huile sur le feu. En instaurant la décote des obligations des Etats les plus vulnérables, elle a poussé les investisseurs à revendre les dettes de ceux-ci. Il s’agissait de punir des Etats dont la BCE considérait qu’ils étaient fautifs dans la gestion de leurs finances publiques. Il fallut attendre 2012 et un risque d’éclatement de la zone euro, pour que le nouveau président de la BCE, M. Draghi, change de politique et stabilise la dette des Etats. 

En 2020 
L’actuelle présidente de la BCE, la Française C. Lagarde, poursuit la politique de M. Draghi. Lorsque les taux d’intérêt italiens ont fait mine de s’emballer à cause du coronavirus, la BCE est rapidement montée au créneau avec un programme record de 750 milliards d’euros de rachats d’actifs financiers. Les taux d’intérêts italiens ont rapidement reflué. La BCE a clairement progressé depuis le départ de Trichet.  

Plans de relance budgétaire 

En 2008 
L’accroissement des dépenses publiques est un autre instrument indispensable en période de crise. En 2008, les Etats adoptèrent des plans de relance, mais décidèrent de les stopper moins d’un an plus tard pour revenir à l’austérité budgétaire. Ce fut une erreur majeure, puisque la zone euro replongea immédiatement dans une grave récession, qui lui fut presque fatale.   

En 2020 
Les gouvernements ont répondu au coronavirus par des plans de relance budgétaire (santé, chômage temporaire, aides aux entreprises). En Allemagne, un plan de plus de 10% du PIB a été concocté, beaucoup plus que les 3,6% du PIB de 2008-2010. Mais, dans les pays les plus touchés par la pandémie, l’Italie et l’Espagne, les mesures budgétaires ne sont que de 0,9% et de 1,1% du PIB respectivement1. En espérant aussi que l’erreur de 2010 ne soit plus commise : revenir très vite à une austérité très dure, par obsession budgétaire.  

Le talon d'Achille 

En 2008 
La vraie cause de la crise de 2010 fut l’incapacité des principaux acteurs (Allemagne, France, BCE) de s’entendre sur une solution partagée2. Cette cacophonie politique a aggravé la crise aux dépens des plus faibles : la population grecque livrée à une politique d’austérité brutale et inefficace, en laissant de profondes cicatrices en Grèce et ailleurs (Italie).   

En 2020  
Les différences de vision entre Etats membres persistent, recréant le risque de la cacophonie. La proposition de création de « coronabonds », une émission temporaire de dette européenne pour financer les dépenses de santé, a été bloquée par les Pays-Bas. Or, elle aiderait fortement l’Italie et l’Espagne. Même la politique de la BCE a été attaquée. La Cour constitutionnelle allemande a rendu un arrêt menaçant pour la BCE et ses politiques de stabilisation des marchés financiers, en pleine crise… Mus par leurs idéologies rétrogrades, certains pays de la zone euro continuent de jouer avec le feu.   
  
Etienne Lebeau 

1 En Belgique, le stimulus budgétaire est de seulement 0,7% du PIB. Il est axé sur le renforcement du chômage temporaire et l’aide aux PME. Source : Institut Bruegel (2020).  
2 A. Tooze, Crashed. Comment une décennie de crise financière a changé le monde, Les Belles Lettres, 2018. 

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