Maggie De Block est-elle partie en guerre contre le personnel soignant?

On peut le penser suite à la réunion « de concertation » qui s'est déroulée cette après-midi entre les interlocuteurs sociaux des soins de santé et le cabinet de la ministre De Block.

L'intention de la ministre était en effet de tenir une réunion d'information sur deux arrêtés royaux pris dans le cadre des pouvoirs spéciaux et sur un projet d’arrêté concernant le fonds blouses blanches. Et ce que nous pensions être une réunion de concertation fut bien une réunion d'information, mais qui ressemblait étrangement à une déclaration de guerre vis-à-vis du personnel de la santé. 

Dans le premier arrêté, on prévoit la possibilité pour du personnel non infirmier d'exécuter des activités infirmières dans le cadre des institutions de soins. Mais les conditions de délégations de ces activités restent extrêmement peu claires en matière de responsabilité, tant pour le médecin ou l'infirmier qui auront déléguer les soins que pour le personnel non infirmier qui prestera ces activités.  

Le second vise tout simplement à donner la possibilité de réquisitionner du personnel de santé en cas de nécessité dans le cadre de la crise covid-19. Incompréhensible alors que d'une part la courbe descendante laisse entrevoir la libération de nombreux professionnels affectés aux unités covid, et que d'autre part même au plus haut de la crise, le volontarisme et la flexibilité du personnel ont permis de répondre au besoin. Cela ressemble fort à un dispositif visant à culpabiliser ou menacer le personnel qui ne serait selon l'autorité pas suffisamment disponible pour être transféré dans d'autres services ou d'autres type d'institution. 

Malgré nos mises en garde et nos demandes répétées, le cabinet a maintenu sa décision de faire publier ces arrêtés, au risque de créer dans le personnel une vague de protestation au moins égale à celle des visites dans les maisons de repos. Manifestement, la leçon n'a pas été retenue. 

Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, le cabinet annoncé un prochain arrêté concernant le fonds blouses blanches. Pour rappel, ce fonds de 400 millions de euros a été voté par le Parlement pendant les affaires courantes et doit être confirmé en 2020. Il fait suite à  un mouvement social important du secteur en 2019. Il est dédié à améliorer les conditions de travail de l'ensemble du personnel soignant. Les budgets de 2019 ont été géré à travers les fonds sociaux paritaires maribel, ils font l'objet actuellement d'une mise en œuvre progressif dans les institutions. Le gouvernement et certains partis au Parlement défendent l’idée de transférer ces fonds via le financement habituel des hôpitaux avec très peu de garanties qu'ils ne servent pas à un refinancement caché du secteur. 
 
La dernière réunion avec le cabinet De Block date du 23 mars. En tout et pour tout dans cette crise, la ministre aura rencontré deux fois les interlocuteurs sociaux du secteur de la santé, un secteur pourtant en première ligne mis en difficulté de nombreuses reprises et porté aux nues par l'opinion publique. 

Qu'en penser sinon que pour la ministre De Block et peut-être l'ensemble du gouvernement, le personnel des soins de santé reste un coût, une cause de déficit budgétaire avant d'être un moyen de créer du bien-être et de sauver la population. Dès à présent, le hashtag #onsensouviendra sera diffusé largement dans les médias sociaux. Verra-t-on peut-être même  sous peu du personnel avec pourtant toute les protections possibles devant le cabinet de Maggie De Block avec le slogan “Maggie c'est de toi qu'on doit se protéger” !

 

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