Salaires : ce 10 janvier, c’est le « CEO Jackpot Day » en Belgique !

Comme chaque année, la CNE sort son étude sur le « CEO Jackpot Day ». Cette année, les CEO du Bel 20 auront déjà gagné le salaire annuel médian des travailleurs belges ans la matinée du 10 janvier.

Avec un salaire annuel médian de 1.875.000€ en 2018, les CEO du BEL 20 auront vu leur rémunération annuelle progresser de 14% sur 4 ans, mais baisser de 5,3% sur la dernière année. Sachant que le salaire annuel médian des travailleurs belges en 2018 est de 44.714€ (salaire estimé sur base des statistiques disponibles), les CEO du BEL 20 gagnent le salaire annuel médian des travailleurs belges en 6,22 jours de travail en 2018. Sur base du calendrier 2020, c’est donc ce 10 janvier que les CEO du BEL 20 auront gagné l’équivalent d’un an de salaire du travailleur belge médian. Un CEO gagne donc 42 fois le salaire médian.

CEO Jackpot Day, l’arbre qui cache la forêt des inégalités

Si on pouvait comparer tant les revenus du travail que les revenus du capital des CEO du BEL 20 et du salarié médian, le CEO Jackpot Day tomberait bien plus tôt dans l’année puisqu’un CEO du BEL 20 peut compter sur d’importants revenus du capital alors que le salaire du salarié médian est sa principale (sinon sa seule) source de revenus. Au-delà de la comparaison avec les CEO du BEL 20,en Belgique en 2018, les 10% les plus riches possèdent près de 30% des revenus avant impôt tandis que la moitié la plus pauvre de la population belge doit se partager moins de 25% des revenus avant impôt (Source : World inequaliy Database). Depuis 2008, la part des revenus captés par les 10% les plus riches augmentent.

Augmenter la part salariale, un enjeu essentiel pour faire diminuer les inégalités
« Lorsqu’on parle d’inégalités, on met souvent en avant le rôle de l’impôt pour les corriger mais il est important d’insister sur la répartition primaire des richesses » explique Clarisse Van Tichelen, permanente au Service d’études de la CNE. En effet, on sait que les pays qui sont les moins inégalitaires, ce ne sont pas seulement ceux qui font les plus gros efforts de redistribution mais aussi ceux qui, dès le départ, laissent le moins d’inégalités apparaître dans la répartition primaire des richesses : entre salaire et profit et au sein même des salariés (Michael Zemmour, 2019). « Or, depuis les années 1990, la part salariale (la part des richesses qui rémunère les travailleurs) diminue. Entre 1996 et 2018, la part salariale a diminué de près de 3 points de pourcent. Ça peut paraître peu mais chaque point de pourcent représente environ 40 milliards d’euros (si on prend le PIB de la Belgique qui se situe autour de 400 milliards d’euros) ». 

La part salariale diminue parce que les salaires réels des travailleurs n’ont augmenté que de 9% depuis 1996 alors que le PIB a, lui, connu une croissance réelle de 51%. Depuis 2015, les salaires réels des travailleurs ont même connu 4 années consécutives de décroissance. (base de données AMECO). « Si nos salaires n’augmentent pas (voire diminuent) mais qu’on continue à avoir de la croissance économique, ça veut dire que la richesse qu’on produit en plus est captée par le capital et fait de facto baisser la part salariale et augmente donc de manière mathématique les inégalités » ajoute Clarisse Van Tichelen. 

Pour la CNE, augmenter les salaires des travailleurs est donc un vrai enjeu pour faire diminuer les inégalités. Cela signifie qu’on doit pouvoir sortir du carcan des salaires dans lequel nous bloque la loi de 1996 (rendue encore plus stricte par le précédent gouvernement en 2017).

Ci-joint, une note explicative et un tableau excel reprenant ce concept plus en profondeur.
 

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