"Le respect nous fait chaud au coeur"

Yves est éboueur: "Le respect nous fait chaud au coeur".

Yves (53), éboueur, continue d’assurer le nécessaire ramassage des déchets. Pour la première fois, il reçoit de nombreuses marques de respect de la population: pouces levés, dessins d’enfants,… Tout n’est pas rose pour autant. La quantité de déchets augmente, notamment en raison de la fermeture des parcs à conteneurs. Et Yves se demande ce que tout cela changera concrètement au final pour les éboueurs…

Un avant et un après coronavirus

"Avant la crise du coronavirus, je ne voyais que des gens frustrés derrière le camion-poubelle, des doigts d’honneur, des poings serrés, des agressions verbales tous les jours. Aujourd’hui, les rues sont vides. À partir de 8 heures, ça commence à bouger: un cycliste qui fait un pouce levé, des gens qui me saluent de derrière leurs fenêtres, me remercient, m’applaudissent quand je passe, parfois des femmes m’envoient des baisers. Des messages sont apposés sur des centaines de poubelles: ‘Merci les gars, respect !’. Les enfants décorent les poubelles avec des dessins qu’ils font sur les conseils de leurs parents évidemment. C’est très émouvant.

Il est clair que le coronavirus a changé quelque chose. Je pense qu’il y aura un avant et un après corona.

Une augmentation des déchets

Depuis que les parcs à conteneurs sont fermés au public, je collecte environ 30% de déchets en plus. Il y a de tout: des pots de fleurs cassés, de l’huile de friture, des néons, des grille-pains, des aspirateurs, des pots de peinture, bref… tout ce qui rentre dans la poubelle. Ce n’est ni sain ni sûr!

Les collectes de déchets organiques sont aussi très chaotiques en ce moment. Normalement, je collecte 7 tonnes. À l’heure actuelle, 25 tonnes! Quatre fois plus de travail, étant donné que presque tout le monde est à la maison et qu’il fait beau. 

Des conditions de travail pénibles

Déjà avant l’apparition du coronavirus, le métier des éboueurs était très lourd. En 1985, en automne, il a fait  -17°, en 2019, il a fait +44°! Nous travaillons par tous les temps: sous la pluie, dans le froid, la neige, la chaleur et les tempêtes. Nous parcourons en moyenne entre 16 à 18 km par jour. Ces derniers jours, cette distance est montée à 23 km par jour. De nombreux collègues ont plus de 55 ans.

Tout ce respect en raison de la crise du coronavirus nous fait chaud au cœur bien sûr, mais cela ne rapporte rien aux éboueurs. Depuis une quinzaine d’années, nous demandons que notre métier soit reconnu comme métier lourd, sans succès. Nos employeurs pourraient nous montrer leur respect avec des moyens financiers.” 

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