Coronavirus: focus sur les agents du gardiennage

Moustafa et Hamid, travailleurs du secteur du gardiennage : «Sur le terrain, les gardiens sont inquiets»

Ils sont en première ligne face au coronavirus et pourtant, ils restent largement à l’ombre de médias. Focus, à travers deux portraits qui se complètent, sur les agents de gardiennage. 

 

"Sur le terrain, les gardiens sont inquiets"

Moustafa est délégué syndical Alimentation & Services chez Securitas. Dans un secteur très décentralisé comme le gardiennage, il tente d’inventer au quotidien, en sa qualité de coordinateur régional et national, la manière d’envisager le travail des agents de gardiennage durant cette crise tout en limitant les risques d’infection.  [Entretien réalisé le 23 mars]

Comment êtes-vous informé des problèmes et questionnements des gardiens, disséminés aux quatre coins du royaume?

«Chez Securitas, dans le contexte de cette crise sanitaire, les délégués syndicaux sont devenus des éléments centraux. Nous recevons les demandes, les questions, les informations et les inquiétudes des agents affiliés ou non. Mais le personnel de la direction, actif sur la gestion de cette crise, nous interpelle également. Les rapports changent: c’est vraiment une entité que nous formons ici. Ça nous élève un peu humainement dans cette inquiétude ambiante. On essaye de se coordonner sur la façon de collecter, de gérer et de centraliser ces informations afin de les transmettre à l’employeur. Un système a été mis en place pour faire le point quotidiennement sur les informations et demandes issues des sites où travaillent les agents en première ligne, sur les problèmes rencontrés et sur les initiatives intéressantes qui sont prises. L’idée étant de transmettre ces initiatives intéressantes et, pourquoi pas, de les généraliser. Nous sommes dans une démarche où nous inventons la manière de réagir et de procéder pour permettre aux gardiens de pouvoir réaliser leur boulot durant cette crise».

C’est d’autant plus important que le gardiennage est considéré comme un secteur prioritaire.

«Le moniteur Belge du 18 mars indique en effet que le secteur de la sécurité est considéré comme nécessaire à la protection des besoins vitaux de la Nation et des besoins de la population. Le principe du gardiennage «Une personne à un endroit» impose d’ailleurs que chaque personne absente soit remplacée. Or, il y a une explosion de maladies et d’absentéisme. Les agents qui restent en place s’interrogent sur leur situation et la mise en danger de leur santé. On ne peut pas se passer des agents de gardiennage mais il y a également et évidemment un enjeu individuel: leur sécurité doit impérativement être garantie. Afin de motiver et de valoriser le courage et les efforts de ces agents de première ligne, la CSC est en discussion avec la direction sur une éventuelle prime».

Dans ce contexte particulier, quel est le rôle des gardiens et comment garantir leur sécurité?

«Dans les secteurs en première ligne, comme les aéroports ou les magasins, nous demandons aux gardiens de veiller au bon fonctionnement et à la sécurité des files et de maintenir un certain ordre dans la mesure de leurs prérogatives, les gardiens n’ayant pas de prérogatives supplémentaires en matière d’autorité par rapport à un citoyen lambda. Mais des changements issus de la crise posent des problèmes en matière d’organisation. Dans les aéroports par exemple, des changements ont été réalisés pour éviter des afflux de personnes. Cela demande des agents supplémentaires et, dans des lieux de contrôle, la désinfection de certains objets. Lors du passage aux rayons X, par exemple, c’est problématique car cette désinfection, si elle est indispensable, ne fait pas partie de leurs attributions… Il y a donc une inquiétude liée à la contamination, au confinement, aux distances de sécurité qui ne sont pas toujours respectées par les voyageurs. Et, dans ce contexte et d’un lieu à l’autre, c’est le même problème qui apparaît, à savoir le manque de produits désinfectants: lingettes, spray, dettol, gel... Les gants ne sont pas très efficaces et ne constituent pas une garantie contre l’infection. Malheureusement, les stocks qui arrivent au compte-goutte et ne sont pas suffisants pour tous. On a établi une liste des sites prioritaires à fournir dès que nous recevrons les livraisons. Mais, dans ce contexte, sur le terrain, certains gardiens sont inquiets».

 

« On se sent parfois dépassé »

La galerie « Grand bazar », fleuron architectural Art déco de Verviers, reste ouverte durant le confinement. On y trouve en effet des magasins de première nécessité, comme  une boucherie et une boulangerie. Hamid y travaille comme agent de sécurité. Il évoque avec ses yeux de travailleur et de délégué syndical CSC Alimentation & Services la période exceptionnelle qu’il traverse.  [Entretien réalisé le 20 mars]

Vous sentez-vous suffisamment protégé pour effectuer votre travail?

«Même si notre employeur nous soutient et que des consignes plus strictes ainsi que de nouveaux protocoles nous ont été donnés, nous connaissons actuellement une rupture des stocks d’outils de protection élémentaires comme les masques et le gel. Tous les postes ne sont, dès lors, pas protégés de la même manière. Nos conditions de travail sont actuellement loin d’être optimales à cause de la pénurie. Pour me protéger, j’ai donc investi personnellement dans du gel et des gants. Je me lave les mains dès que j’ai été en contact avec une personne. J’essaye aussi de sensibiliser les personnes qui viennent à la boucherie aux mesures de confinement et de protection».

Au-delà du matériel, votre sécurité dépend également du comportement de la population. Comment la jugez-vous? 

«Il est très décevant de constater que certaines personnes qui passent dans la galerie ou, plus largement, à travers les échos que je reçois de collègues, qui travaillent dans les magasins n’ont pas encore compris la gravité de la situation. Ils ne respectent pas la mesure de distanciation sociale, ils éternuent dans leurs mains… Et mettent les travailleurs du gardiennage physiquement en danger. On doit être deux fois plus vigilants. J’ai même déjà dû appeler la police face au comportement irresponsable de certains jeunes. Je vois aussi malheureusement de nombreuses personnes âgées qui ont sans doute l’habitude d’être aidées par des aides-ménagères pour faire leurs courses et qui sont dépassées par la situation et se mettent en danger. Cela met mes valeurs à l’épreuve puisque je dois à la fois aider au maximum ces personnes tout en me protégeant».

Quelles sont vos attentes et besoin?

«J’attends que tous les agents de sécurité puissent être équipés de masques et de gel.
J’attends aussi plus de respect de la part des médias et de la population. On parle beaucoup de la police ou des infirmières, qui font un boulot formidable, mais on oublie les agents de gardiennage. Nous sommes aussi en première ligne et nous devons gérer des conflits ou des situations parfois extrêmement tendues dans les magasins. Un collègue m’expliquait, par exemple, que des clients essayent de forcer l’entrée de magasins quand on leur demande d’attendre sur le parking. Il avait l’impression d’être en guerre. On se sent parfois dépassé».

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