«On attend davantage que des remerciements du gouvernement»

Laurence, aide-soignante au sein d’une équipe volante : «On attend davantage que des remerciements du gouvernement»

Laurence travaille dans le secteur hospitalier comme aide-soignante au sein d’une équipe volante. Cette déléguée syndicale CNE revient sur les conséquences du coronavirus sur son quotidien.  [Entretien réalisé avant le confinement]

Quelles sont les conséquences de la crise du coronavirus sur votre travail?

«La situation rend le travail très difficile, en particulier toutes les procédures qui l’alourdissent énormément. Les masques sont donnés au compte-gouttes afin de ne pas vider les stocks. C’est une situation que le personnel a des difficultés à gérer. En tant que délégués, nous demandons qu’il y ait des stocks de masques en suffisance et disponibles pour que nous puissions les utiliser quand nous en avons besoin. Cela n’exclut pas d’être vigilants: on ne sait pas comment va évoluer la livraison de masques ou d’alcool. Il faut éviter d’être en rupture de stock. Une pénurie du matériel de protection serait catastrophique».

Comment évoluent les rapports avec les patients?

«Actuellement, la situation avec les patients et les visiteurs est gérable. Mais nous craignons de devoir rapidement faire face à des conflits, comme celui de la gestion des visites. C’est toujours très difficile de faire comprendre aux familles qu’une seule personne peut entrer voir un proche. Je crains que cela ait des conséquences sur l’agressivité des patients. Dans certains services, les sorties seront interdites et les activités annulées. Votre travail vous amène à vous déplacer d’un service à l’autre pour remplacer un collègue absent».

Cette mobilité ne constitue-t-elle pas un danger pour vous?

«En effet, certains patients ne présentent pas de symptômes du coronavirus au moment où on les rencontre mais, une heure après, ils peuvent commencer à chauffer et à avoir mal à la gorge. Dans ce cas, j'ai été en contact avec eux, sans aucune protection. Nous devons nous tenir à un mètre de distance. Difficile dans notre métier! Comment faire une toilette ou un pansement à distance? Pour nous, le contact est rapproché. Le risque zéro n’existe nulle part. Mais chez nous, encore moins. Il faut croiser les doigts pour ne pas développer les symptômes».

Vous avez des craintes pour votre santé?

«Personnellement, je n’ai pas peur d’attraper le coronavirus. Par contre, je m’inquiète plus pour mes proches et mon entourage. J’ai peur de le leur transmettre, de devenir un vecteur de transmission du germe sans m’en rendre compte.

La crise du coronavirus rend encore plus aigus les problèmes du secteur des soins de santé?

Nous sommes déjà en manque de personnel au quotidien. C’est une des réalités pour lesquelles nous nous sommes battus et avons mené les actions des blouses blanches. Avec cette crise, nous avons un souci parce que le nombre de travailleurs en arrêt de maladie va certainement augmenter et, si la phase 3 est activée [la Belgique était alors en phase 2 renforcée, NDLR], les directions hospitalières devront peut-être procéder à des réquisitions de personnel. On voit venir les prochaines semaines avec une certaine crainte: jusqu’où va-t-on aller dans les précautions? Comment le personnel va-t-il pouvoir organiser sa vie familiale si les récupérations et les congés sont annulés?»

Quelles sont vos attentes par rapport au gouvernement?

«On attend davantage que des remerciements. On aimerait obtenir quelque chose pour les risques que nous prenons. C’est peut-être le moment idéal pour demander une revalorisation salariale pour le personnel soignant. Nous devons agir et réclamer des moyens, des bras mais aussi des suppléments de salaires à la hauteur des risques que nous prenons. En tout cas, les normes d’encadrement devront être revues et on espère que cette crise permettra enfin au politique d’ouvrir les yeux et de nous donner les moyens nécessaires pour continuer à assurer correctement notre travail».

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