Transformer des pommes de terre en frites est-il un travail essentiel?

"La transformation de pomme de terre en frite est-elle un besoin essentiel à la survie du monde?"

Julien est ouvrier dans une entreprise de transformation alimentaire. Dans un contexte sanitaire angoissant, il pose une question bien plus sérieuse qu’elle n’en a l’air à la première lecture: «la transformation de pommes de terre en frites est-elle un besoin essentiel à la survie du monde»?  [Entretien réalisé le 23 mars]

«Beaucoup de travailleuses et de travailleurs de l’entreprise souhaitent pouvoir être près de leur famille. Nous ne comprenons pas que l’on nous oblige à continuer à travailler sous prétexte que nous assurons l’alimentation des gens. Franchement, la population n’est pas capable de transformer une pomme de terre en frites ou en purée? Tout le monde ne peut pas faire des pâtes par exemple, ce qui rend leur production indispensable. Mais des frites, dès le moment où la production de pommes de terre est assurée?! On a l’impression que notre direction joue sur le besoin d’alimentation de la population pour pouvoir prendre de l’avance sur des concurrents qui pourraient être à l’arrêt ou ralentis. Il y a les chiffres, qui semblent passer avant la sécurité et la santé des travailleurs».

«Il y a une augmentation importante de l’absentéisme qui aboutit à un surcroît de travail et à de la flexibilité. Et malgré ce contexte, la direction refuse toute idée de prime pour compenser cette situation. Elle ne fait aucun effort. Et nous avons déjà été prévenus que, même si un conjoint d’un ouvrier de l’usine était positif au covid19, il fallait venir travailler tant que l’ouvrier ne présentait pas de symptômes».

«Les règles d’hygiène qui ont été mises en place par notre employeur sont celles qui ne lui coûtent rien ou pas grand-chose: une chaise sur deux a été retirée dans le réfectoire, il y a du gel et nous sommes censés garder une distance de sécurité. Mais les travailleurs de la production ne se sentent pas en sécurité parce qu’il n’est pas toujours possible, dans ce type de travail, de respecter la distance de sécurité de 1,5 mètres. La semaine dernière, j’ai vu trois ouvriers travailler pendant trois heures dans un espace de 1 m² pour réparer un moteur». 

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