«La concertation sociale est réduite au strict minimum»

Christophe travaille depuis 20 ans comme technologue en imagerie médicale dans un centre hospitalier bruxellois.

L’initiative de distribution de visières à laquelle Christophe participe est révélatrice des problèmes en matière de protection du personnel médical à l’heure du coronavirus. [Entretien publié le 10 avril]

60 visières. Une quantité a priori dérisoire. Mais ces 60 visières que Christophe et sa collègue Laurence ont réussi à obtenir sont très importantes à l’heure où le personnel hospitalier est confronté à une restriction de matériel de protection. Christophe est délégué CNE et cumule les trois mandats de manière effective: «Nous manquons particulièrement de masques FFP2. Ces visières offrent une protection supplémentaire. Cela fera plaisir au personnel qui est en contact direct avec des personnes infectées, celui des soins intensifs, de la gériatrie, de la radiologie… Il pourra travailler plus sereinement.»

De la sérénité, les travailleurs semblent en avoir particulièrement besoin: «Les syndicats sont à l’avant plan pour permettre que les choses se passent de manière sereine sur le terrain. Mais, pour l’instant, nous vivons au jour le jour, avec des travailleurs angoissés. Une concertation en amont aurait dû être mise en place pour répondre aux questions des travailleurs. En tout début de crise, on a obligé la direction à faire un CPPT extraordinaire, mais ça ne s’est pas bien passé du tout: on a eu en tout et pour tout une demi-heure pour poser toutes nos questions!»

Après un début chaotique qui a vu la mise sur pied de procédures hasardeuses, la situation en la matière s’améliore grâce à l’expérience acquise ces dernières semaines. Néanmoins, la concertation sociale semble être une victime collatérale du virus. «Elle est réduite au strict minimum. Nous n’avons plus de réunion alors que, dans certaines institutions, des concertations hebdomadaires ont été instaurées pour mettre en place des procédures. Ici, nous travaillons par mail, ce qui est très compliqué. Heureusement, la direction répond très rapidement. Mais les échanges sont assez vifs… Je trouve anormal de devoir intervenir pour obtenir le minimum de matériel de protection auquel nous devrions avoir droit.»

Le personnel tente donc de se protéger avec les moyens du bord, dans des conditions particulièrement angoissantes. «On part au front d’une maladie qui peut s’avérer mortelle et qu’on a peur de ramener à la maison. Or, nous avons un accès limité au matériel. On a droit à un masque FFP2 par jour par personne qui travaille au scanner, soit 6 masques par 24h. C’est très peu et les obtenir a été une bataille. C’est une situation tout à fait anormale dont nous subissons les conséquences au quotidien. La protection est importante pour nous, mais également pour les patients: nous risquons d’être des vecteurs de transmission si nous ne sommes pas bien protégés». Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi l’arrivée de ces 60 visières est tout sauf dérisoire.

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