Nous négocions aussi pour les personnes qui ne travaillent pas (ou plus)

Votre salaire ne se résume pas à ce que vous recevez chaque mois sur votre compte bancaire. Vos droits de sécurité sociale comme la pension, les indemnités de maladie et les allocations de chômage font également partie de votre package salarial.

On parle parfois de «salaire différé». Il s’agit concrètement du salaire que vous ne recevez pas mensuellement, mais que vous recevez «de façon différée» lorsqu’un imprévu survient. Par exemple, si vous tombez malade ou perdez votre travail. Ce salaire différé intervient aussi quand vous atteignez l’âge de la pension.

Face aux aléas de la vie et aux creux de l’économie, vous pouvez compter sur la sécurité sociale pour maintenir votre niveau de revenus. La pandémie du coronavirus l’a d’ailleurs très clairement montré! En 2020, plus d’1 million de travailleurs ont pu compter sur des allocations de chômage temporaire. Si de nombreux Belges ont pu maintenir la tête hors de l’eau, c’est uniquement grâce à la sécurité sociale. Mais le système fait également ses preuves en temps normal. Sans la sécurité sociale, on estime que 42,5% de Belges vivraient dans la pauvreté. En bref, cet avantage salarial supplémentaire réduit de 65% les risques que vous vous retrouviez un jour dans une situation de pauvreté.

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Un bon salaire brut a des répercussions sur l’avenir

Ces négociations salariales ne portent donc pas uniquement sur une augmentation salariale directe, mais également sur des droits sociaux supplémentaires. Des salaires bruts plus élevés se traduisent automatiquement par des moyens supplémentaires pour la sécurité sociale. Votre salaire brut d’aujourd’hui détermine votre pension de demain, comme votre allocation en cas de chômage ou de maladie. Inversement, des bas salaires en brut auront un impact tout au long de votre carrière. Pour certaines femmes ayant toujours travaillé à temps partiel, cela peut se traduire par une chute de revenus très importante au moment du départ à la pension. Si l’écart salarial femmes/hommes est d’environ 20% durant la vie active, cet écart atteint environ 30% au moment de la pension.

Cela explique pourquoi les syndicats militent pour une augmentation en brut et non en net. Une voiture de société, une indemnité vélo, des titres-repas, cela augmente effectivement votre pouvoir d’achat, mais cela n’apporte absolument rien au niveau de vos droits sociaux. Votre pension ne s’en verra pas augmentée d’un euro. Il en va de même pour vos éventuelles allocations de maladie et de chômage. Pour ces mêmes raisons, les syndicats observent ce qu’on appelle les «plans cafeteria» avec une certaine méfiance. Il s’agit de plans, devenus populaires ces dernières années, sur la base desquels les travailleurs et travailleuses peuvent composer eux-mêmes une partie de leur package salarial, bien souvent sous la forme d’une augmentation de salaire nette mais qui, dès lors, ouvre moins de droits sociaux. L’important, c’est d’en être conscient au moment de poser des choix.

Enveloppe bien-être

Dans les années 80 et 90, les pensions et les allocations ont accumulé beaucoup de retard par rapport à l’évolution des salaires. Via l’enveloppe bien-être, les syndicats ont réussi à inverser la tendance, même si le chemin à parcourir reste encore long. L’enveloppe bien-être, qui représente un budget d’environ 713 millions d’euros, veille à ce que les revenus des chômeurs, des malades et des retraités progressent parallèlement à l’évolution des salaires.

Tous les deux ans, les syndicats et les employeurs mènent des négociations sur l’affectation de cette enveloppe bien-être. Selon la loi, pour le 15 septembre de chaque année paire, les interlocuteurs sociaux doivent conseiller le gouvernement sur l’affectation du budget. Pour les deux années à venir, environ 625 millions d’euros sont prévus pour le relèvement des revenus de remplacement (allocations) et un peu plus de 88 millions d’euros pour l’aide sociale (le revenu d’intégration payé par le CPAS par exemple). Les syndicats veulent affecter ces moyens, en priorité, à l’augmentation des allocations les plus basses, de façon à mieux lutter contre la pauvreté. Les employeurs refusent toutefois de remettre au gouvernement un avis commun dans les délais légaux. C’est une manipulation de leur part destinée à coupler la discussion sur les salaires aux négociations sur l’enveloppe bien-être. Ils espèrent que les organisations syndicales marquent leur accord sur une modeste augmentation salariale en échange d’une augmentation des allocations sociales. En bref, ils essaient d’affaiblir les syndicats et d’opposer les actifs aux non-actifs. Les syndicats, eux, veulent que la discussion sur l’enveloppe bien-être soit clairement dissociée de l’accord interprofessionnel.

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