Plan de transition économique et sociale

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Le plan de transformation économique et sociale de la CSC pose les enjeux et les exigences d’une transition juste. Pour Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC, cette transformation implique de laisser derrière nous le monde d’avant-Covid pour entrer dès aujourd’hui dans la transition. 

Qu’est-ce que la crise du Covid-19 nous apprend sur le monde du travail et sur la société?

Une des grandes leçons de cette pandémie, c’est que nous avons sans doute sous-estimé collectivement les métiers qui sont vraiment essentiels, qui créent du lien, comme les métiers des soins. Nous avons pu réenvisager la vraie valeur des choses: les agents pénitentiaires, les éboueurs, les éducateurs, les caissières de la grande distribution ne se sont jamais arrêtés. Ils nous ont permis de tenir le coup durant toutes ces semaines.

Nous avons pu également constater la valeur des services publics: les pensionnés ont été payés, tout comme les allocations familiales. Les travailleurs de la CSC se sont d’ailleurs eux aussi lourdement investis pour répondre aux attentes de nos affiliés. Cette crise nous a finalement montré qu’on ne peut pas faire société si on ne compte pas les uns sur les autres et si on ne rétribue pas à sa juste valeur celles et ceux qui sont dans les métiers essentiels.

Le plan proposé par la CSC propose des pistes qui permettent de mieux respecter les travailleurs notamment en matière de conditions de travail. 

L’importance de la question des conditions de travail avait été sous-estimée ces dernières années par rapport au quantitatif. La crise a permis, par exemple, de reprendre conscience de l’importance de la santé et de la sécurité au travail et donc du rôle des délégués dans les CPPT. La question des conditions de travail est essentielle pour lutter contre le virus mais aussi pour travailler dans de bonnes conditions. Cela passe par exemple par le droit à la déconnexion des travailleurs confrontés à du télétravail massif. 

Que préconise le plan en matière de sécurité sociale?

Les balises sont claires: nous souhaitons que demain, chacune et chacun ait un niveau de vie supérieur au seuil pauvreté. Nous nous sommes battus pour qu’il n’y ait pas de dégressivité des allocations de chômage durant la période Covid et nous allons continuer à nous battre contre cette mécanique. Au niveau des pensions, il y a un totem autour d’une pension à 1500 euros mais ce montant est prévu pour une carrière de 45 ans. Or, aujourd’hui, moins d’un quart des retraités a une carrière complète. Nous n’acceptons pas que trois-quarts des retraités n’aient pas une pension minimum digne.

Nous allons donc continuer à travailler sur ce dossier, tout comme sur le dossier de maladie et d’invalidité. Il faut encore pouvoir renforcer, comme cela a déjà été fait une première fois [les 402 millions d’euros par an du Fonds blouses blanches pour le recrutement et la formation du personnel dans le domaine hospitalier, ndlr], le nombre d’infirmières, de soignants, de personnel d’entretien et d’accompagnement, pas seulement dans les hôpitaux mais aussi dans l’ensemble du système de sécurité sociale.

Le plan se penche également sur des publics que la crise a précarisés, comme les femmes ou les jeunes.

Concernant les femmes, nous allons continuer en interne le débat autour de l’individualisation des droits en sécurité sociale qui permette d’être considéré à part entière dans le système et pas seulement quand elles sont cohabitantes. Nous avons travaillé sur le système de congé parental corona durant la pandémie. Cela a représenté une bouffée d’oxygène pour plus de 140.000 familles. Mais Le Covid-19 n’étant pas encore derrière nous, nous avons travaillé également à ce que, lorsque quelqu’un est mis en quarantaine et ne peut pas prendre congé, qu’il puisse bénéficier du chômage économique.

Par ailleurs, une réflexion est également en cours pour mieux couvrir les jeunes par la sécurité sociale. Ce sera un des thèmes du Conseil général du mois d’octobre pour lancer la réflexion sur la prise en compte d’une garantie de revenus d’autonomie pour les jeunes de 18 à 25 ans… La sécurité sociale doit donc aussi s’adapter pour faire en sorte que tout le monde puisse être couvert, quel que soit son genre, son âge ou sa situation.

La relance est-elle compatible avec une transition juste?

Nous refusons de parler d’un plan de relance: lorsque nous aurons un nouveau gouvernement(1), nous devrons rentrer de plain-pied dans la transition. Pour nous, la transition doit être au cœur des politiques à mener dans les années à venir. Cette transition doit être juste et ne laisser personne au bord du chemin. Prenons un exemple concret: la sortie du nucléaire prévue en 2025 aura un impact sur celles et ceux qui travaillent dans cette filière.

Fin 2020, il est plus que temps de se demander ce que vont devenir ces travailleurs. Il faut également développer les activités économiques qui permettront, demain, d’isoler les bâtiments par exemple. Il faudra donc aider les travailleurs qui sont aujourd’hui dans d’autres secteurs à prendre en main cette transition. Pour la CSC, la transition, c’est maintenant, tout de suite.

Les pouvoirs publics doivent-ils jouer un rôle essentiel dans cette transition? 

Notre boussole, c’est une transition juste et des pouvoirs publics qui, plutôt que de subventionner tous azimuts, indiquent un cap et des objectifs à atteindre. Ils doivent également définir les secteurs où des investissements massifs doivent être faits. Selon nous, ils doivent certainement investir prioritairement dans l’isolation des bâtiments et dans la mobilité.

La SNCB a été définancée pendant des années: il faut faciliter la mobilité, diversifier les modes de transport. Ils doivent également investir dans les matières de la sécurité sociale et tout ce qui renforce la cohésion sociale et le passage à une économie décarbonée. Il faut également faire en sorte que les services publics et collectifs restent présents sur le territoire: c’est ce qui assure la meilleure protection pour les travailleurs.

Aujourd’hui, il faut parfois faire des kilomètres pour trouver une agence bancaire ou un bureau de poste. Retrouver un maillage des services publics et collectifs est extrêmement important pour nous. Cela a un coût important, mais c’est aussi un investissement. La transition, c’est l’idée qu’il faut investir aujourd’hui pour éviter de devoir payer demain.  

Le plan appelle à cet égard à revoir les règles européennes qui corsettent l’investissement public et la justice fiscale. 

Nous devons sortir des carcans européens, notamment du Pacte de stabilité européen [ce pacte impose aux États de la zone euro d’avoir à terme des budgets proches de l’équilibre ou excédentaires, ndlr]. Il est stupide, dans la période actuelle, de ne pas permettre aux États d’investir. Il faut ouvrir des espaces budgétaires et envisager, avec des taux d’intérêts quasi-nuls, la question de la dette avec plus de flexibilité, sans pour autant la transférer vers les générations futures. Plus globalement, c’est tout le système de perception de l’impôt qui doit être revu pour que tout le monde contribue à sa juste proportion à cet effort collectif et s’assurer qu’un euro soit un euro, qu’il soit le fruit du travail ou un revenu du capital.

La concertation sociale va jouer un rôle important dans la réalisation de ce plan?

La concertation sociale sera importante. D’ici la fin de l’année, nous allons devoir à nouveau négocier la question des salaires pour les années à venir. Il va falloir trouver d’autres manières de négocier les salaires qu’avec une loi sur les salaires qui est inadaptée et faire preuve d’imagination pour négocier en fonction de la réalité des secteurs et des entreprises.

La CSC vit-elle cette crise inédite comme une menace ou comme une opportunité?

Cette crise pourrait être une menace si certains s’entêtent à vouloir revenir au monde d’avant-Covid. Mais si nous voulons être honnêtes par rapport aux leçons de cette pandémie, nous devons nous dire que c’est une opportunité qui ne se reproduira pas de sitôt de faire sens, de renforcer les liens sociaux et de donner de la valeur à ce qui le mérite vraiment.

(1) Cette interview a été réalisée avant la formation du nouveau gouvernement le 1er octobre dernier.

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