Violences faites aux femmes: ne plus se contenter de gérer l'urgence!

Gaëlle Demez, responsable des Femmes CSC, revient sur quelques enjeux syndicaux de la lutte contre les violences faites aux femmes dans les entreprises.

En septembre dernier, le groupe d’experts et d’expertes du Conseil de l’Europe (GREVIO) remettait un rapport dans lequel il analyse la manière dont la convention d’Istanbul, qui engage de manière contraignante la Belgique à lutter contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique, est appliquée dans notre pays. Il aborde notamment la participation des employeurs privés et publics à cette lutte.

Pour la CSC, cette participation constitue un élément particulièrement important du rapport. Cela passe notamment par l’évaluation de la loi de 2014 sur l'égalité réelle entre les femmes et les hommes avec une lecture genrée et par la sensibilisation à cette question en entreprise.

Ce travail de sensibilisation, nous le menons depuis des années avec les délégations syndicales car nous considérons les violences sexuelles et sexistes dans les entreprises sont aussi une responsabilité syndicale. Que ces violences se passent entre collègues ou qu’il s’agisse d’une travailleuse victime de violences conjugales, cela peut avoir des conséquences sur leur travail : problèmes relationnels, problèmes d’attention, fatigue… Or, il est important que les femmes gardent leur travail afin de conserver leur autonomie économique et financière.

Par ailleurs, pour les femmes victimes de violence conjugales, se rendre sur son lieu de travail constitue un vrai bol d’air pour faire diminuer la pression ; la généralisation du télétravail constituant un problème à cette aune. Les délégués peuvent jouer un rôle important dans l’identification de ce que vivent leur collègue et dans leur soutien.

Les employeurs ont également un rôle à jouer sur la question des violences sexuelles?

Ils ne sont pas encore totalement convaincus du rôle qu’ils ont à jouer. Pourtant, la culture d’entreprise est essentielle pour définir ce qui est permis et ce qui ne l’est pas sur le lieu du travail. Les choses peuvent changer concrètement et très vite s’il y a une volonté de collaborer avec les syndicats et une affirmation du caractère inacceptable des propos et des violences sexuelles ou sexistes. Quand des cas sont commis, le fait de savoir que l’on est soutenu par une direction et une délégation permet de faire diminuer leur nombre sur le lieu de travail.

Concernant les violences domestiques, il est plus difficile de faire comprendre aux employeurs le rôle qu’ils peuvent jouer quand ils n’y ont pas été confrontés. L’entreprise peut pourtant être un lieu sécurisé pour conserver des preuves ou des dossiers-clés concernant des violences conjugales. Le fait de permettre à une travailleuse de consulter un avocat ou une association lui permet de préparer sa sortie du cercle de violence de manière sécurisée. Ce sont des choses qui peuvent se mettre en place de manière concertée. Mais il faut en faire un vrai sujet en entreprise.

Le (re)confinement a-t-il eu des conséquences en matière de violences domestiques? 

L’intérieur des foyers étant devenu toute notre vie, le confinement a permis de visibiliser ces violences (en hausse…) et les actions pour y échapper, comme l’ouverture de places d’accueil. Leur pérennisation ou encore la formation de la police, qui revient dans le rapport GREVIO, sont des enjeux importants. Le second confinement étant moins strict, les mobilisations du 22 novembre permettront de refaire un focus médiatique et politique sur cette question.

Violences faites aux femmes : ne plus se contenter de gérer l’urgence!

Depuis 2017, la Plateforme Mirabal, dans laquelle la CSC est particulièrement active, organise une mobilisation nationale à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes. Cette année, la mobilisation du 22 novembre - avec des actions décentralisées, covid oblige -  visait à pousser les pouvoirs publics à prendre leurs responsabilités en mettant en œuvre les recommandations du Groupe d’Experts du Conseil de l’Europe (GREVIO).

Plus d’infos sur Mirabal

Plus d'actualités

Personalization