Coursiers: le travail ou la santé?

Le confinement a mis en lumière l’absence de droits et de protection des travailleurs des plateformes de livraison en matière de santé et de sécurité.

Que ce soit pour livrer de la nourriture ou des biens au domicile des personnes confinées, de nombreux coursiers étaient sur leurs deux roues pendant la crise du coronavirus. «Il n’y a pas (uniquement) de l’héroïsme là-derrière, commente Martin Willems, responsable United Freelancers à la CSC. Pour les travailleurs freelances qui livrent pour Deliveroo ou Uber Eats, et pour qui ces livraisons constituent une part importante voire la totalité de leur revenu, il y avait un choix à faire: perdre leur revenu ou risquer de tomber malade.» 

Pour ces travailleurs de l’économie collaborative, pas de protection sociale, d’accès au chômage temporaire ou aux droits aux soins de santé. A la différence de leurs collègues indépendants qui ont droit à l’allocation «droit passerelle» s’ils s’arrêtent durant la crise, les freelances de l’économie «collaborative» n’ont pas vraiment d'autre choix que de continuer à travailler. 

Dans ce contexte sanitaire dangereux, aucun incitant ni mesure de sécurité spécifique ne leur a été proposé à l’exception de l’instruction de réaliser des «livraisons sans contact». Soit de laisser devant les portes les colis payés à l’avance. Le support sanitaire fourni par le donneur d’ordre s’est limité à des conseils préventifs parfois impossibles à respecter.
«Les opérateurs rappellent l’importance de se laver les mains mais la plupart des restaurateurs leur refusent l’accès aux toilettes de leur établissement lorsqu’ils viennent chercher une commande. Aucune initiative n’a été prise en amont par les plateformes» se désole Martin Willems. 

Risques de contaminations

La crise jette une lumière crue sur les conditions de travail des coursiers. «Deliveroo a mis sur pied un fonds de soutien pour les livreurs qui tomberaient malades, complète le responsable des United Freelancers, mais je n’ai pas d’informations quant aux modalités, aux montants, etc.». Difficile d’ailleurs de savoir combien de livreurs sont tombés malades. «Seules les plateformes ont des données statistiques concernant l’infection spécifique de cette population. Pas sûr qu’elles ont intérêt à les publier».

Les risques pris par les livreurs ne risquent malheureusement pas d’inciter les plateformes à s’ouvrir aux revendications des travailleurs et à améliorer leurs conditions de travail: au contraire, depuis le 4 mai, la zone d’utilisation du «free login», ce nouveau principe d’inscription qui flexibilise encore plus leur travail (lire L’Info n°6), s’est étendu également sur Bruxelles. «Ils n’ont même pas gelé pendant la crise ce qui était contesté, déplore Martin Willems. On a par ailleurs constaté que Colruyt va offrir un service de livraison à domicile basé sur le même principe que Deliveroo, avec les mêmes problèmes, entre autres, en matière de droits sociaux. On n’a rien contre le service mais on s’inquiète des conditions de travail dans ce contexte. C’est un des premiers exemples de contamination de ces nouvelles formes de travail dans l’économie traditionnelle.» 

Un régime discriminatoire

Dans cette perspective, l’annulation par la Cour constitutionnelle de la loi du 18 juillet 2018, qui étendait la loi De Croo, loi qui donne un cadre légal aux plateformes collaboratives, constitue un rayon de soleil bienvenu (lire L’Info n°8). «Si la Cour n’a pas annulé complètement le régime de l’économie collaborative, elle a néanmoins pu constater qu’il s’agissait d’un régime discriminatoire. Il commence à y avoir un certain nombre d’éléments pour mettre la pression sur Deliveroo et Uber Eats pour qu’ils arrêtent d’utiliser ce régime d’économie et que les coursiers aient enfin un statut correct. On va, en la matière, dans la bonne direction

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