Déclarations de politique régionale: le gouvernement wallon

La CSC wallonne se réjouit globalement de l’ambition des déclarations de politique régionale et communautaire (DPR et DPC) en matière d’objectifs économiques, sociaux et environnementaux. Mais certaines mesures nécessaires font défaut et le problème du financement est crucial.

Pour la première fois, le gouvernement wallon envisage sa politique dans une perspective de transition juste. La volonté d’intégrer des indicateurs d’impact sur le climat, l’emploi et la pauvreté dans l’ensemble des mesures constitue un geste fort du nouveau gouvernement wallon. Il faudra néanmoins être vigilant pour savoir si la transition sera objectivement juste. En effet, ce concept pourtant crucial quand on parle de transition n’a pas été cité une seule fois lors des discours aux fêtes de Wallonie.

«Cela signifie-t-il que le volet social des DPR et DPC sera le parent pauvre?, se demande Marc Becker, secrétaire national en charge des affaires wallonnes. Nous y serons particulièrement attentifs.»

La CSC wallonne rappelle également que toutes les régions ayant dû faire face à un redressement économique, social ou environnemental l’ont toujours réussi en associant majoritairement la population à la démarche, en la mobilisant autour d’un projet collectif.
Cette dimension collective est sans doute la clé de la réussite de reconversions importantes. Or, cet aspect est totalement absent des déclarations régionale et communautaire. «C’est comme si l’avenir d’une Région se dessinait dans les cénacles politiques ou économiques et ce, sans y associer la population, les travailleuses et les travailleurs», déplore Marc Becker.

Des avancées certaines

La déclaration de politique régionale porte des mesures qui traduisent une volonté de changement clair par rapport aux politiques menées par l’ancien gouvernement.

La mise en place d’une véritable concertation sociale.
Cela signifie-t-il la volonté de mettre en place un vrai G10 comme il en existe un sur le plan fédéral? «La CSC wallonne évaluera la dimension progressiste du gouvernement à ce niveau et exige une concertation sociale qui certes, s’organise dans un cadre, mais jouit d’une très large autonomie», prévient Marc Becker.

La réduction des émissions de gaz à effets de serre de 50 % d’ici 2030.

Le développement d’une politique industrielle qui tienne compte des leçons du passé et se positionne dans une chaîne de valeurs mondiale. À cet effet, il s’agira de modifier profondément les politiques de soutien à des industries déclinantes tout en assurant leur reconversion et en leur rendant des perspectives durables.

La suppression des effets d’aubaine dans les aides à l’investissement et les aides à l’emploi. La CSC wallonne demande une évaluation précise des «crédits adaptations», des dispositifs «Sesam» et «airbag» qui ont grevé le budget wallon à hauteur de 13 millions d’euros.

Par ailleurs, la CSC wallonne demande qu’on entame une réflexion à très court terme sur les réductions de cotisations de sécurité sociale pour les travailleurs âgés de plus de 55 ans. «Il s’agit d’une réduction automatique qui ne se justifie pas toujours», fait remarquer Marc Becker.

La priorité accordée au renforcement du secteur spatial qui a une haute valeur ajoutée et un haut potentiel d’emploi peut doper l’économie wallonne.

Le développement des alliances emploi-rénovation-alimentation-énergie en collaboration avec les secteurs. Il s’agit toutefois de faire en sorte que ces alliances se construisent dans une perspective de développement de la formation et de l’emploi en
Wallonie au bénéfice des travailleuses et travailleurs wallons.

La réforme des missions du Forem en les axant sur l’ accompagnement et l’insertion, plutôt que sur le contrôle.

Le repositionnement des pôles de compétitivité vers la concrétisation des résultats de la recherche et notamment le développement de l’emploi. C’est une demande de la
CSC wallonne depuis de nombreuses années. Pour ce faire, il faudra toutefois que la concertation au sein des pôles s’élargisse aux travailleurs.

La revalorisation des soins et des services à domicile. En sachant, que vu la pyramide des âges de la population, il faudra, outre la revalorisation des différents métiers, augmenter considérablement leur nombre si l’on veut faire face au vieillissement de la population.

La perspective d’une réflexion sur le futur de l’accompagnement du vieillissement.

Le développement de trois expériences «Territoire zéro chômeur de longue durée».

La volonté de mener une politique ambitieuse en matière de logement.

Prudence

La CSC wallonne déplore qu’un certain nombre de mesures soient laissées à l’appréciation du ministre qui en aura la compétence. C’est le cas de la réforme
des APE et d’un grand nombre de mesures en matière de politique de santé.

La DPR contient aussi cette fausse croyance qui veut que subsidier les entreprises génère automatiquement la création d’emplois. Or, on sait qu’il n’y a pas d’exigences vis à vis des employeurs en matière d’emploi. «Déclarer que l’on va augmenter le taux d’emploi de 5 % reste donc relativement utopiste», se désole Marc Becker.

Par contre, la CSC wallonne est totalement dubitative par rapport au fait de loger les centres de compétences et l’IFAPME dans le giron du ministre de l’Économie et les allocations familiales chez la ministre de la Fonction publique.

Des mesures inacceptables

Enfin, certaines mesures ne sont tout simplement pas acceptables pour la CSC wallonne:

Le développement de titres-services dans l’accueil de l’enfance: 38 millions d’euros seront à charge de la collectivité. C’est une attaque manifeste sur le secteur et un risque évident de déprofessionnalisation.

L’absence de toute référence à une future assurance autonomie, alors que les grands axes de la mesure étaient construits. Une simple adaptation du mode de financement, le rendant plus juste, était simplement nécessaire.

La possibilité de certification dans l’alternance Emploi Formation par une autre instance que l’enseignement.

Le maintien des aides à l’emploi pour les sociétés intérimaires.

L’obligation de marchés publics pour tous les partenariats avec le Forem: cela signifie la mort de la prise en charge des plus défavorisés. Cette mesure a juste pour objet de s’attaquer au secteur non-marchand afin de favoriser les sociétés de travail intérimaire.

La CSC wallonne utilisera tous les arguments, y compris juridiques, ainsi que les rapports de force, pour qu’elle soit immédiatement mise au frigo. Nous en ferons
une de nos priorités à court terme.

L’idée saugrenue de réduire le précompte immobilier d’une centaine d’euros pour toutes les familles, alors qu’il est nécessaire de réfléchir à la mise en place d’une justice fiscale et de redonner à la «contribution» la place qui lui revient.

Enfin, la CSC wallonne s’interroge sur la manière de financer l’ensemble de ces
mesures, alors que le gouvernement annonce qu’il n’y aura pas de nouvelles recettes.

Il s’agit de dispositifs qui permettent aux entreprises d’obtenir des subsides pour engager du personnel et développer leur activité.

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